Le capitaine America

Connu des boomers par la bande dessinée, aimé de la génération X par le dessin animé et découvert par la nouvelle génération au grand écran, le capitaine America est le symbole de l'Amérique invincible. Ce supersoldat américain a été créé en 1940 comme figure de propagande nationaliste pour lutter contre les nazis. À l'époque, tous les moyens étaient bons pour influencer l'engagement du peuple : le capitaine America est d'ailleurs entré fictivement dans la Deuxième Guerre mondiale un an avant que les États-Unis ne le fassent réellement.

Les gamins sont souvent obnubilés par les « petits bonshommes ». Ils ne voient pas vraiment le double message prônant haut et fort les valeurs états-uniennes. Quoique… C'est peut-être pour cette raison que je n'ai jamais tellement accroché sur le capitaine America, mis à part la chanson thème : « Voyez le capitaine America / Son bouclier magique est au combat / Il attaque les durs, il abat les méchants / Rien ne peut l'arrêter, il est tout-puissant / Le bouclier du capitaine America. »

Il est puissant, ce bouclier américain, et je ne parle pas seulement de celui aux couleurs de la bannière étoilée. Celui de l'industrie porcine l'est tout autant : il dicte le prix des grains (65 % du coût de production), le prix du porc à l'abattoir et celui des coupes de porc frais et transformé des marchés où il est commercialisé. Sous ce couvert, l'industrie canadienne est condamnée à être hyperperformante pour battre son coût de production et à commercialiser sur des marchés différents, plus lucratifs.

À propos de marchés différents, l'Union européenne, la Chine et la Russie ont pris une orientation à l'opposé de celle de l'Amérique : celle de ne pas utiliser de ractopamine* (Paylean) dans l'alimentation des porcs. Ils ont également interdit l'importation de viandes provenant de porcs qui en ont consommé, et ce, malgré l'adoption de nouveaux standards permettant son utilisation par le Codex alimentarius (le code mondial des normes alimentaires). Il faut dire que le vote de juillet dernier sur l'établissement d'un taux maximal de résidu acceptable dans la viande a été très serré : 69 voix contre 67. Le ministre canadien de l'Agriculture, Gerry Ritz, a applaudi à cette nouvelle, car il s'attendait à ce qu'elle facilite les échanges vers ces pays et crée de nouvelles occasions d'exportation pour le porc canadien. C'est plutôt l'inverse qui se produit : les pays ayant voté contre l'établissement d'un taux maximal de résidu ont raffermi leur position. Ce n'est pas le Codex qui décidera ce qu'ils mettront dans leurs assiettes ! Si bien que nous risquons de perdre d'importants marchés de viande à l'exportation et de nous fermer d'autres marchés intéressants.

Il ne faut pas oublier que c'est toujours le client qui décide. C'est aux fournisseurs de s'adapter à ses besoins, ou sinon de trouver d'autres marchés pour offrir leurs produits.

Dans notre cas, ne pas s'adapter aux besoins des clients signifie perdre d'importants marchés, comme la Russie, et devoir concurrencer davantage les Américains sur les marchés locaux et d'exportation. Cela veut probablement dire une augmentation de l'offre locale et une baisse du prix. Il faut donc s'y adapter, du moins pour une partie de notre production, mais il faut s'assurer que ces marchés génèrent davantage de revenus que le coût d'adaptation.

Les superhéros finissent toujours par gagner, car ils sont les plus forts, mais surtout parce qu'ils sont « les bons ». Et les bons, ça gagne toujours contre les méchants. C'est très rassurant à 10 ans de départager le monde en deux grands groupes. Mais en vieillissant, ceux qui continuent de voir le monde en deux catégories sont des êtres… inquiétants. Avec l'âge, on apprend à nuancer, on voit le gris entre le noir et le blanc, on apprend la notion de compromis. On ne gagne pas toujours, mais on ne perd pas tout non plus. Chaque décision a sa part de succès et de concessions. À nous de prendre les bonnes pour conserver notre place à l'ombre du bouclier du capitaine America.

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