« Pole, pole »

Je suis assis dans le siège 11D, en vol vers le Canada après une épopée qui nous aura menés, cinq copains d'enfance et moi, à la conquête du plus haut sommet d'Afrique : le Kilimandjaro. Retour à la réalité : la rédactrice en chef du Coopérateur agricole attend mon billet depuis déjà un mois. Il faut agir.
Flashback : cela fait trois jours qu'il pleut, nous sommes détrempés, gelés, et venons d'essuyer une tempête de grêle à 4600 m d'altitude. Il nous reste peu de vêtements secs, seulement ceux que nous gardons pour l'ascension finale, à – 20 °C. Notre guide, Juma, nous informe qu'un de ses adjoints doit redescendre, car il souffre d'hypothermie. Aujourd'hui, sept personnes sont décédées sur la montagne des suites du froid et de la foudre. Sur un groupe de 18 Américains partis en même temps que nous, la moitié décide de rebrousser chemin. Le moral des troupes ne vole pas haut et notre objectif d'atteindre le sommet semble impossible dans ces conditions. Réunion du conseil autour d'un thé chaud : nous devons décider de la suite du périple.

Notre ascension était prévue se faire sur sept jours, question de nous acclimater à l'altitude et d'améliorer nos chances d'atteindre le sommet. Premier consensus : si les conditions météo­rologiques se maintiennent, nous n'atteindrons jamais le sommet et risquons l'hypothermie. Nous décidons donc de nous rendre au dernier campement dès le lendemain pour voir comment nous supportons l'altitude et, possiblement, gravir le sommet le soir venu. Statistiquement, nos chances de l'atteindre en cinq jours sont réduites à 50 %.

Après une montée de six heures pour se rendre au camp de Barafu, tous se sentent relativement bien. C'est décidé : nous attaquerons le sommet ce soir même. Si jamais l'un d'entre nous est incapable de faire l'ascension, nous redescendrons tous ensemble et la tenterons à nouveau le lendemain.

Il est 18 h 30 lorsque nous nous couchons, incapables de fermer l'œil en raison d'un mélange d'excitation, d'altitude et d'humidité dans nos sacs de couchage. 23 h : c'est le départ vers la dernière étape. À la file indienne, équipés de nos lampes frontales, nous avançons dans le froid. « Pole, pole », nous rappelle Juma. Lentement, lentement, nous avançons. Silence radio, personne ne perd d'énergie à parler.

Chancelant depuis un moment, mon copain Hugo peine à se tenir en équilibre. À quelques reprises, nous devons le remettre sur le chemin et même l'attraper avant qu'il ne chute de plusieurs mètres. Après un temps d'arrêt, Juma prend le sac d'Hugo et je lui donne mes bâtons. Nous repartons. L'ascension se poursuit pendant plus d'une heure, Hugo vacille toujours, mais nous progressons. À un moment, il demande une pause, s'effondre et vomit. C'en est fini, nous disons-nous, prêts à redescendre, puisqu'aucune montagne ne vaut que l'on mette sa vie en danger pour elle.

Hugo reprend finalement du mieux, poussé par son orgueil de marathonien. Un pas à la fois, nous avançons difficilement vers le sommet. Une lueur d'espoir apparaît à l'horizon : le soleil se lève. Un regain d'énergie parcourt soudainement nos corps. Nous atteignons finalement, à 6 h 20, le sommet d'Uhuru Peak, à 5895 m d'altitude. Épuisés, pleurant de bonheur, nous sommes plus unis que jamais par cette aventure qui a repoussé nos limites personnelles et d'équipe.

Envahi par un extraordinaire sentiment d'accomplissement, je reviens tranquillement sur terre en pensant à ce qui m'attend à mon retour. Rassuré et confiant, je me dis que la montagne de défis auxquels l'industrie porcine doit faire face n'est pas bien différente du Kili. Gravir le Kilimandjaro n'a rien d'exceptionnel en soi, car des milliers de personnes le font chaque année. Une bonne préparation, une stratégie, une capacité à s'adapter aux conditions environnantes, mais surtout des acteurs et des leaders capables de mettre leur égo de côté pour le bien de l'équipe. C'est ce qui a fait le succès de notre groupe et c'est ce qui fera le succès de la Filière porcine coopérative. « Pole, pole », nous avançons sans jamais reculer !
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