Sous d'autres « cieux »

À la face du ciel, le 20 janvier dernier, Olymel est devenue propriétaire du deuxième producteur de porcs au Canada, à la suite de la faillite de l'entreprise. Cette transaction n'est pas tombée du ciel : il y a longtemps qu'Olymel remuait ciel et terre dans l'ouest du pays pour assurer l'approvisionnement de son abattoir de Red Deer, en Alberta. Cette acquisition se veut un coup défensif, mais aussi une occasion de rentabiliser davantage un investissement qui réussit déjà bien. Avec cette orientation, Olymel est maintenant passée sous d'autres cieux. Elle est devenue producteur de porcs, mais ce n'est pas pour autant que le ciel va lui tomber sur la tête.
Assez de jeux de mots ! Vous aurez compris que je parle ici de Big Sky Farms, ou plutôt, dorénavant, d'OlySky, entreprise de 42 000 truies située en Saskatchewan.

Voilà un pari audacieux, mais bien calculé, pour les dirigeants d'Olymel et de son principal propriétaire, La Coop fédérée, notamment parce que le prix d'acquisition est plus que raisonnable. En compa­raison, les fermes du Québec, dans les régions à forte densité porcine, se vendent plus cher et sont loin de présenter les nombreux avantages de Big Sky Farms en matière d'infrastructures.

Primo, la santé, l'éloignement des sites et la densité porcine de la Saskatchewan sont des avantages indispensables pour une filière porcine de cette envergure. Secundo, le prix des grains se compare avantageusement à celui des Américains, soit 20 $ la tonne moins cher qu'au Québec. Tertio, on y cultive essentiellement de l'orge et du blé, des céréales qui favorisent la qualité de la viande. Cela permet, entre autres, d'exporter davantage de porc frais vers les marchés plus lucratifs qui recherchent cette qualité, tels que le Japon. L'abattoir de Red Deer est d'ailleurs très bien situé géographiquement pour le faire. Quarto, quant à l'âge et à la taille des maternités, ce sont principalement des unités de plus de 3000 truies ayant moins de 10 ans. Ces facteurs permettent de réduire les coûts de production par des économies d'échelle, de gérer efficacement des élevages en « tout plein-tout vide » et d'encadrer adéquatement les ressources humaines.

Avec autant d'avantages, me direz-vous, comment se fait-il que l'entreprise ait fait faillite, et ce, à deux reprises ? À mon avis, cela est dû à une croissance trop rapide et à un financement non adapté. Probablement influencée par le boum économique de l'Ouest canadien, Big Sky Farms est passée de 0 à 42 000 truies entre 1996 et 2006. À sa décharge, il faut aussi dire que l'appréciation du dollar et du prix des grains a plongé l'industrie porcine canadienne dans une crise économique sans précédent au cours des sept dernières années, et que l'entreprise, localisée en Saskatchewan, ne bénéficiait pas de l'ASRA. Dans ces conditions, bien peu de producteurs autonomes ont réussi à surmonter un contexte économique aussi précaire.

Bien que des synergies entre la production et l'abattage puissent être mises en place pour favoriser le succès de l'entreprise, des défis considérables seront également à relever. Notons la grande distance de transport entre les élevages et l'abattoir, qui se chiffre en moyenne à 800 km, le recrutement complexe de la main-d'œuvre dans une province qu'on qualifie de « deuxième Alberta », et la confiance mise à mal des fournisseurs de grains locaux, qui ont perdu beaucoup au cours des deux précédentes aventures.

Heureusement, Olymel peut compter sur un bon nombre d'employés déjà en place et compétents. Avec une culture d'entreprise axée sur la rigueur et l'efficacité, cette nouvelle entité peut aspirer à devenir la meilleure filière porcine canadienne.

Pour les producteurs de porcs du Québec, il faut y voir un message clair : Olymel et La Coop fédérée croient en l'avenir de la production porcine dans des conditions qui favorisent l'efficacité de la chaîne de valeur. Des conditions que nous nous efforçons de mettre en place avec la Filière porcine coopérative. Dans mon esprit, il ne fait aucun doute que cette nouvelle acquisition dans l'ouest du pays servira également les intérêts du Québec. Longue vie à OlySky !
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