« L'emblème »

Le castor symbolise l'intelligence, l'industrie et la persévérance du peuple canadien. On pourrait être porté à croire que c'est pour ces raisons qu'on l'a élevé au rang d'emblème officiel du Canada en 1975. Eh bien non, c'est plutôt parce que le castor a été le moteur de la colonisation du pays. À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, la peau de castor était le principal attrait de l'Amérique du Nord, les chapeaux de fourrure étant à la mode en Europe. C'est grâce au castor que la Compagnie de la Baie d'Hudson a développé le territoire canadien au nord et à l'ouest.
Tout comme le Canada, l'industrie porcine québécoise a également son symbole, moteur de développement économique dans les années 1980 et 1990, qui lui a permis d'être reconnue dans le monde entier pour la qualité de son produit, de croître et d'exporter 50 % de sa production. J'ai nommé le Duroc. 

À l'époque, ce sont les membres de la Société des éleveurs de porcs du Québec qui ont permis son éclosion. Constitués de nombreux sélectionneurs indépendants, mais partageant les gènes et orientés vers un même schéma génétique (Duroc x Yorkshire-Landrace), ces éleveurs auront permis de bâtir une solide réputation au porc québécois. Malheureu­sement, avec le temps, au lieu de consolider cette cohésion entre les membres, c'est la division qui s'est installée. Sogeporc, Génétiporc et les éleveurs indé­pendants eux-mêmes ont pris des chemins différents et ont cessé de travailler ensemble.

Plus tard, obnubilés par le désir de réduire le coût de production, sous l'emprise d'une mise en marché coupant toute relation avec l'abattoir et d'une grille de paiement favorisant les porcs maigres, de nombreux producteurs, y compris La Coop, ont fait l'essai de nouvelles lignées terminales. Le PIC337, le P-76 et d'autres lignées composites à base de Piétrain ont alors fait leur entrée au Québec. Erreur ! Pas plus performantes que nos meilleures lignées Duroc, ces lignées terminales, de même que l'utilisation d'ingrédients riches en acide gras insaturé dans l'alimentation des porcs (tels que la drêche), auront contribué au déclin de la qualité du porc québécois. C'est plus tard que nous le constaterons, après avoir perdu des ventes sur des marchés importants, comme le Japon. D'ailleurs, à la suite de notre expérience du porc certifié La Coop, qui nous permet de regagner ces parts de marché, la demande des clients japonais se précise, le Duroc faisant maintenant partie des attributs recherchés par ces acheteurs.

Comme le saumon de l'Atlantique par rapport à celui du Pacifique ou comme l'acier inoxydable comparativement à l'acier noir, lorsqu'on veut vendre plus cher, il faut un produit de qualité supérieure et il faut pouvoir le certifier. Dans le bœuf, la race Angus est synonyme de qualité. Dans le porc, c'est le Duroc qui en est synonyme, notamment en raison de son persillage, qui lui donne si bon goût.

Dernièrement, l'ensemble de l'industrie s'est ralliée derrière la Fédération pour promouvoir le porc Qualité Québec. L'initiative est excellente, mais elle ne va pas assez loin à mon goût. On peut prétendre que le porc du Québec est de qualité supérieure, mais si on ne fait pas tous des choix qui s'imposent pour obtenir cette qualité, on finit par faire passer du bois mou à travers le bois franc, et la promesse perd de sa crédibilité. Le porc Qualité Québec, j'y crois, mais il m'apparaît nécessaire que l'industrie se donne des balises plus précises, telles qu'un schéma génétique défini, qui inclut le Duroc. Dans le passé, c'est cette cohésion de l'industrie, du moins celle des sélectionneurs de génétique, qui a permis au porc du Québec de se démarquer sur les marchés d'exportation.

Aujourd'hui, si l'industrie porcine québé­coise avait sa monnaie, c'est le Duroc qu'on retrouverait sur la pièce de 5 ¢, et à son revers… la tête de Barack Obama, pour nous rappeler que, à l'instar du Canada quant à la monarchie britannique, l'industrie porcine québécoise n'a pas encore signé son traité d'indépendance avec l'industrie américaine.
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