La force de la filière bovine

  
Depuis plus de 10 ans, mon travail me donne la chance de rencontrer quotidiennement des producteurs vaches-veaux et des propriétaires de parcs d'engraissement. Pour ces deux groupes, les réalités sont souvent différentes, voire tout à fait opposées à certaines occasions. L'année 2014 l'illustre particulièrement bien. Ainsi, quoique les revenus provenant des bouvillons d'abattage et des veaux soient à des sommets historiques et laissent croire à une grande rentabilité des entreprises, ce n'est pas le cas pour toutes.
La production bovine est organisée en une chaîne où chaque maillon doit ajouter de la valeur au précédent. À une extrémité, on trouve les éleveurs d'animaux de race pure; à l'autre, les chaînes d'alimentation. Entre les deux, les éleveurs commerciaux, les parcs d'engraissement, les abattoirs et les distributeurs.

Alors que l'espérance de profit des éleveurs vaches-veaux est fortement liée au prix de la viande et varie selon l'offre et la demande, celle des parcs et des abattoirs est plutôt liée à une marge brute ($/bouvillon) qui est en moyenne assez constante, quoiqu'il faille souvent gérer des oscillations parfois vertigineuses.

Autrement dit, présentement, si l'on conjugue le fait que le cheptel nord-américain de bovins est à son plus faible niveau depuis 50 ans avec les problèmes rencontrés en production porcine dans les 12 derniers mois, l'offre de viande bovine ne suffit pas à combler la demande et les prix sont depuis janvier fortement aspirés vers le haut. Pour un producteur vaches-veaux, la marge brute par veau vendu n'a donc jamais été aussi élevée. Pendant ce temps, celle pour le bouvillon est demeurée constante. En apparence, la situation semble sinon excellente, du moins très bonne, sauf que…

Pour réaliser la même marge par animal, le parc d'engraissement doit financer des animaux dont le coût d'acquisition a augmenté de plus de 25 % depuis décembre 2013. Les prêteurs sont donc devenus très frileux. Si l'on considère qu'un taux de 1 % de mortalité aujourd'hui correspond à 2 % il y a deux ans et que le coût du financement par animal a explosé, on n'a plus droit à l'erreur dans l'exploitation d'un parc. C'est là que la filière tout entière peut se mobiliser pour aider ce maillon si important. Comment?

Une valse à quatre temps…
À court terme, les parcs doivent utiliser tous les moyens à leur disposition pour ajouter un maximum de poids à chacun des bouvillons achetés.

Pour leur part, dès cet automne, les éleveurs commerciaux doivent absolument livrer aux parcs des veaux bien adaptés : vaccinés selon les règles, habitués à consommer des concentrés et ayant réalisé du gain maigre au cours des deux mois précédents la vente. En fait, chaque producteur vaches-veaux devrait pouvoir présenter cette année les meilleurs veaux qu'il ait jamais produits! Je rappelle ici que le préconditionnement est l'une des meilleures façons d'augmenter la rentabilité de chaque maillon de la filière.

À moyen terme, l'accent doit porter sur l'amélioration du bilan reproductif et sur la génétique : intervalle entre vêlages plus court, taux de gestation élevé, diminution du nombre total de taureaux nécessaires par troupeau, mais amélioration des critères génétiques recherchés et désirables. Bien sûr, une abondance de veaux sur le marché n'aurait pas permis d'atteindre les prix actuels. Mais entre vous et moi, je préfère toujours l'abondance à la pénurie! C'est habituellement plus facile à gérer. Finalement, à long terme, la filière québécoise devra travailler sur la relève, non pas du cheptel, mais bien de ses propres éleveurs.

Curieusement, dans tout ça, il se trouve un dénominateur commun : l'expertise du réseau La Coop. Elle ne remplacera jamais votre travail et votre détermination, mais pourra drôlement les compléter.

Bonne route!
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