Et si les rendements

doublaient en Ukraine?

 

Prenez la superficie potentiellement cultivable du Québec et multipliez-la par 10. Ajoutez-y des sols d'une fertilité exceptionnelle et vous obtiendrez un géant agricole : l'Ukraine. Ce n'est pas pour rien que la portion jaune du drapeau de ce pays symbolise le blé… Longtemps considérée comme le grenier à blé de l'Europe orientale, l'Ukraine est toutefois loin d'exprimer pleinement son potentiel agricole.
Une partie de l'explication vient des règles entourant la propriété des terres, qui ont façonné le paysage agricole ukrainien depuis le démantèlement de l'URSS. À l'époque, les grandes fermes collectives (les kolkhozes) ont été divisées et remises aux employés qui y travaillaient sous le régime communiste. Ceux-ci n'ont toutefois pas reçu la permission d'y construire des habitations ni d'y aménager des chemins d'accès. Dans bien des cas, les ex-gestionnaires de ces grandes fermes – ou alors des investisseurs ukrainiens – ont loué ces terres aux paysans et ils les embauchent maintenant pour les exploiter. Résultat : un « copier-coller » de l'époque soviétique, avec l'inefficacité légendaire des fermes d'alors et le désintérêt de leurs employés. Pour preuve, les rendements céréaliers ukrainiens représentent la moitié de ceux des pays les plus performants.

Pourtant, l'agriculture est fort lucrative pour ceux qui la gèrent – mais pas pour ceux qui la pratiquent. Compte tenu du prix ridicule de location des terres, du prix élevé des grains et des faibles salaires versés aux employés, bien des gestionnaires d'entreprises agricoles – lesquelles ont une superficie moyenne de quelque 1300 ha dans le pays – font des affaires d'or. Pas surprenant qu'un grand nombre des plus grosses fortunes ukrainiennes soient liées à l'agriculture. Les riches locataires de terres attendent d'ailleurs avec impatience une modification des lois sur la propriété foncière, afin de pouvoir racheter ces terres à faible prix… avant que leurs actuels propriétaires ne prennent conscience de leur réelle valeur! Mais si les terres peuvent un jour être vendues, quel sera alors l'impact de l'appétit des investisseurs internationaux?

Les terres ukrainiennes seraient certes fort alléchantes, car le pays jouit de caractéristiques géographiques favorables. L'Ukraine dispose en effet de vastes étendues de tchernozen, un sol légendairement fertile, et jouit d'un climat que l'on peut comparer à celui du Kansas, qui borde la « Corn Belt » américaine. Certaines oblast (régions) sont toutefois caractérisées par un climat très sec, d'où le formidable potentiel que recèle l'irrigation. Un fait demeure : le capricieux climat ukrainien continuera d'engendrer une forte variabilité de ses rendements agricoles.

Sincères remerciements à Camil Côté, de SOCODEVI, pour le partage d'information ayant servi à la rédaction de ce billet. Je salue sa vision et, globalement, celle de SOCODEVI dans leurs efforts visant à implanter la formule coopérative en Ukraine, au grand bénéfice des populations locales.

Pour nous aider à mieux saisir les enjeux qui guident l'émergence de cette puissance agricole, Le Coopérateur publiera, au cours de l'année, un reportage étoffé sur ce pays longtemps maintenu sous
le joug du communisme. C'est à ne pas manquer.
Un souffle de changement se pointe-t-il? Lentement. Il faudra du temps, beaucoup de temps, dans la mesure où un changement culturel est nécessaire. En outre, l'instabilité économique n'aide pas : les taux d'intérêt encore exorbitants – 25 % en monnaie locale – ne favo­risent pas l'investissement. Sans nul doute, lorsque la conduite des cultures sera opti­misée dans les entre­prises agricoles d'Ukraine – ce qui néces­sitera notamment une utili­sation adéquate des fertilisants –, le rendement des cultures y augmentera de façon importante. Et la tendance sera la même lorsqu'on irriguera les cultures au lieu de miser sur la jachère pour refaire les réserves d'humi­dité du sol dans les régions les plus sèches. Mais puisqu'il y aura deux milliards de bouches supplé­mentaires à nourrir d'ici 40 ans, il ne faut pas s'attendre à ce que la production agricole ukrai­nienne déstabilise les marchés. Au contraire, il faudrait plusieurs Ukraine pour assurer la sécurité alimentaire.
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