Vulnérable aux taux

d'intérêt, l'agriculture québécoise?

 

Une proportion importante des revenus agricoles québécois sont sous gestion de l'offre, donc stables et prévisibles. Aussi, les paiements gouvernementaux en soutien à la production agricole sont plus élevés au Québec qu'ailleurs. Par contre, les fermes du Québec sont plus endettées que celles de nos voisins. Tout bien considéré, notre agriculture est-elle plus vulnérable à une hausse des taux d'intérêt?
D'entrée de jeu, précisons que la situation économique actuelle ne laisse pas entrevoir à court terme de hausse importante du taux d'intérêt. Plus encore, l'efficacité des banques centrales à maîtriser l'inflation – en particulier celle de la Banque du Canada – rend fort improbable la répétition des scénarios catastrophe du début des années 1980. Quoi qu'il en soit, retenons qu'au niveau actuel des taux d'intérêt, ceux-ci ne peuvent qu'augmenter. L'histoire dira quand, à quelle vitesse, et dans quelle mesure.

Le moment est bon pour se questionner sur la vulnérabilité des entreprises agricoles québécoises à une future hausse des taux d'intérêt. Pour ce faire, l'impact de différents scénarios de hausses de taux d'intérêt a été simulé à l'aide de données d'entreprises spécialisées des secteurs du lait, du porc et des grandes cultures répertoriées au Québec, en Ontario et aux États-Unis.

Premier constat : la plus forte résistance de l'agriculture américaine à une éventuelle hausse des taux. Qu'il s'agisse d'entreprises laitières, porcines ou de grandes cultures, les producteurs agricoles états-uniens ont les reins plus solides que ceux du Québec et de l'Ontario. La principale explication tient à leur faible taux d'endettement, historiquement bas à 10 %. La moitié des fermes de ce pays n'ont d'ailleurs aucune dette à long terme.

Deuxième constat, corollaire du premier : au Québec, les grands secteurs de production agricole sont vulnérables à une hausse des taux d'intérêt. Mais, bien qu'à risque, les producteurs laitiers québécois seraient moins vulnérables à une hausse de taux que les producteurs québécois de porcs et de grandes cultures. Les revenus actuellement élevés dans le secteur laitier, conséquence du prix et des hausses de quota, n'y sont pas étrangers. À l'autre extrémité du spectre, la situation que vivent les entreprises porcines, qui a fait radicalement diminuer leur solde résiduel, ne surprend personne. Le positionnement à risque du secteur des grandes cultures peut apparaître surprenant, mais l'endettement des entreprises québécoises spécialisées en grandes cultures est beaucoup plus élevé que celui de leurs vis-à-vis ontariennes.

Les actuels taux d'intérêt, particulièrement bas, contribuent fortement à améliorer le revenu net des entreprises agricoles. Pour preuve : en 2010, les dépenses d'intérêt des producteurs québécois
étaient de 200 M$ inférieures à ce qu'elles étaient trois ans auparavant. Ça vaut la peine de le répéter en toutes lettres : deux cents millions de dollars de plus dans les poches des entreprises agricoles du Québec! Collectivement, il sera intéressant de voir à quel usage auront été consacrées ces sommes : diminution de la dette, achat de machinerie ou acquisition de terres agricoles?

En ces temps de revenu agricole net record, beaucoup espèrent que l'endettement des entreprises agricoles québécoises soit actuellement en diminution. Nous le saurons lorsque des données actualisées seront graduellement publiées, au cours des prochains mois.

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