Démesure

 

Une portion grandissante de la production agricole américaine est assurée par des fermes king size, particulièrement dans le secteur animal. A priori, ce constat du USDA n'est guère surprenant… C'est la taille de ces fermes king size qui l'est!
Pour illustrer cette réalité, le USDA a observé la taille des plus grosses fermes, soit celles qui assurent la moitié de la production agricole américaine. Leur taille moyenne est présentée dans le tableau. Les chiffres relatifs au secteur animal sont impressionnants.Représentant seulement 2 % des entreprises agricoles aux États-Unis, ces superfermes comptent en moyenne 570 vaches laitières, 35 000 bouvillons, 30 000 porcs ou 682 000 oiseaux. On ne se reconnaît pas dans une telle démesure. Chez nous, les entreprises d'une telle taille sont souvent décriées avant même d'exister. Il est par ailleurs intéressant de noter la taille moins spectaculaire des fermes américaines spécialisées en productions végétales. Les chiffres demeurent gros, mais tout de même plus proches de notre réalité. Comment expliquer que la taille des fermes américaines dans le secteur animal nous apparaisse si disproportionnée, alors que nous nous reconnaissons davantage lorsqu'il est question de productions végétales?

La politique agricole est sans doute un facteur explicatif important. Aux États-Unis, les productions de bœuf, de porc et de volaille, entre autres, sont laissées à elles-mêmes : le Farm Bill ne les soutient pas directement. Le secteur laitier reçoit bien quelques aides directes, mais le revenu total par hectolitre, en incluant les subventions, demeure bien en deçà de ce qu'il est au Canada (où les revenus proviennent exclusivement du marché). Par contre, le secteur des productions végétales aux États-Unis est soutenu par une politique agricole interventionniste, laquelle a vraisemblablement contribué au maintien d'une taille d'entreprise plus proche de la nôtre. Mentionnons aussi l'importance des frais fixes dans le secteur végétal, à commencer par le coût de la terre, qui pose une contrainte considérable à l'augmentation de la taille des entreprises.

Dans le secteur animal, la réalité de la mise en marché (faible nombre d'acheteurs) a amené les producteurs à ratifier davantage de contrats de production avec leurs acheteurs, ce qui a pu aller de pair avec le grossissement de la taille des entreprises. Et comment oublier la délicate question des économies de taille? De nombreux spécialistes de la gestion rappellent régulièrement, à juste titre, que grossir l'entreprise n'est pas la solution à un problème de rentabilité. La littérature économique agricole recense toutefois l'existence de nombreux seuils (relatifs à la taille), particulièrement dans le secteur animal, qui justifient l'utilisation de technologies procurant des économies de taille. On peut en prendre pour preuve le développement des productions animales aux États-Unis. À noter : les écarts entre le Canada et les États-Unis sont observés tant dans nos secteurs sous gestion de l'offre que dans les autres.

Les données présentées ont été calculées à partir du recensement de 2007. Gageons que lorsque la démarche sera répétée à la suite du recensement de 2012, les chiffres réussiront à nous surprendre une nouvelle fois. D'autant plus que les dernières années n'ont pas été de tout repos pour les productions animales, qui ont dû se restructurer en réponse à des coûts d'alimentation très élevés.

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés