Le vent dans les voiles


 

Le USDA Outlook rassemble bon an mal an quelque 2000 personnes à Washington, venues entendre les plus éminents économistes agricoles.
Forte d'un revenu agricole net record en 2011, l'agriculture américaine a le vent dans les voiles. L'économiste en chef du USDA s'attend à des résultats presque aussi bons en 2012. Le thème de cette année aurait très bien pu être : «  Célébrons!  » Il est toutefois bien différent, et lourd de sens : «  Moving Agriculture Forward  » (faire avancer l'agriculture).

Consciente des occasions d'affaires qu'offre la forte demande de viandes, d'huiles végétales et de carburant, l'agriculture américaine entend en profiter. Ainsi, malgré un revenu net record, on souhaite qu'elle prenne les virages nécessaires pour s'adapter à un environnement nouveau, riche en possibilités d'affaires, mais volatil. Quelques-uns des enjeux de l'heure : augmenter la productivité de l'agriculture pour garantir la sécurité alimentaire, et assurer le transfert des entreprises agricoles à la prochaine génération.

Malgré l'atmosphère empreinte de positivisme, l'édition 2012 de l'Outlook ne passera pas à l'histoire. De l'avis des habitués, la programmation de cette année est particulièrement sobre, sans surprises. Pas de grandes annonces ni d'élan patriotique autour de la sécurité énergétique nationale comme ceux d'une précédente édition, qui avaient propulsé l'industrie de l'éthanol. Malgré le timing quasi idéal pour discuter du prochain Farm Bill – l'actuel venant à échéance cette année –, le secrétaire à l'Agriculture, Tom Vilsack, n'en parle que du bout des lèvres. Seulement pour répéter ce qu'on sait déjà. Les paiements directs découplés (versés dans les productions végétales sur la base d'un historique de production, peu importe les prix du marché ou les niveaux de rentabilité) seront vraisemblablement abolis. Ils seront remplacés par des programmes de type assurance, visant à contrer l'instabilité. À regret, les participants se résignent : l'élection présidentielle de novembre semble le parfait prétexte pour demeurer en retrait sur les sujets délicats.

La nécessité d'assainir les finances publiques américaines ressort toutefois de façon très limpide. Dans son discours d'ouverture, Vilsack répète cinq fois plutôt qu'une les expressions «  les coffres sont vides  », «  les temps sont difficiles sur le plan budgétaire  », etc. S'il ose le clamer aussi clairement, c'est bien parce que les républicains n'en pensent pas moins. On peut donc s'attendre à ce que le prochain Farm Bill coûte moins cher au Trésor américain (voir le dossier «  L'agriculture américaine est à la croisée des chemins  » du présent numéro, page 40).

Sur les sujets plus pointus, les pronostics des prochaines années concernant l'industrie porcine attirent l'attention (voir le graphique). L'extraordinaire efficacité de la filière porcine des États-Unis, la dévaluation relative du dollar américain par rapport aux devises des pays où sa production est exportée et, bien sûr, la forte demande mondiale maintiendront la tendance à la hausse de ses exportations. À noter : les exportations canadiennes augmentent aussi. Cela signifie que, malgré les embûches, nous demeurons concurrentiels. D'ailleurs, les exportations porcines canadiennes ont continué d'augmenter au cours des dernières années, malgré la forte correction du taux de change. C'est bon signe.

Remarquez le Brésil, pays que tous redoutent : on entrevoit que ses exportations stagneront. La principale raison tient au fort développement de son marché intérieur, qui demeure le principal concurrent de ses marchés d'exportation.

 
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés