Pourquoi les fermes laitières

américaines ont-elles une telle taille?


 

Les économies de taille existent-elles en agriculture? De nombreuses études concluent que oui : les coûts par unité produite diminuent au fur et à mesure que la taille de l'entreprise augmente.
Une simple analyse des résultats financiers d'entreprises laitières améri­caines, classées en fonction de leur taille, apporte beaucoup d'éclairage. Ces résultats sont présentés dans le graphique. Premier constat : peu importe la taille de l'entreprise, les coûts d'exploitation sont similaires lorsqu'on les calcule sur la base des unités produites. Les grandes entreprises se distinguent toutefois des plus petites par des coûts fixes inférieurs. En effet, on remarque qu'à mesure que la taille augmente, les coûts fixes par unité produite diminuent. La littérature nous enseigne que les économies les plus appréciables sont générées lorsque les entreprises adoptent des techno­logies nouvelles, justifiées par l'atteinte de seuils relatifs à la taille. Prenons par exemple, dans le secteur laitier, les robots, les salons de traite et les carrousels.

Donc, oui, les coûts par unité produite diminuent au fur et à mesure que l'entreprise grandit (toutes choses égales par ailleurs, y compris la qualité de la gestion!). Est-ce à dire que l'avenir des petites entreprises est en péril? Non. Pas chez nous, à tout le moins. La gestion de l'offre nous procure la marge de manœuvre nécessaire pour assurer la pérennité d'un modèle d'agriculture conforme à nos valeurs et à celles de nos concitoyens. En prenant acte de cette marge de manœuvre et de ses limites, nous maximisons nos chances d'assurer la pérennité de ce modèle.

Aux États-Unis, le portrait est différent. Les entreprises laitières sont plus grandes qu'ici. Même en excluant les hyperfermes laitières californiennes, la conclusion est la même. Alors que les fermes laitières comptent en moyenne 58 vaches au Québec, elles en comptent près du double dans les États de New York et du Wisconsin, deux forts bassins laitiers. Pourquoi en est-il ainsi?

L'absence de politique agricole structurante et, conséquemment, les marges restreintes en production laitière aux États-Unis contraignent sans doute les entreprises à grandir pour profiter d'économies de taille. Les subventions à la production laitière américaine sont maigres. Le programme de paiements directs, le MILC, a majoré le prix du lait de seulement 1,37 % en moyenne par année au cours des 10 dernières années. Son impact est anecdotique. Il n'est donc pas surprenant que les producteurs laitiers américains souhaitent son remplacement par un programme visant plutôt à les protéger en cas de baisse de marge.

Ne nous méprenons pas : l'industrie laitière américaine est protégée. Des barrières tarifaires, un prix de soutien et des systèmes organisés de mise en marché procurent aux producteurs laitiers américains un prix oscillant bon an mal an autour de 35 $ l'hectolitre. Ils sont chanceux, pas vrai? Certains soutiendront aussi que l'aide alimentaire aux plus démunis, dont une partie sert à l'achat de produits laitiers, a l'effet d'une subvention directe aux producteurs laitiers. Même si on en convenait, en poussant le raisonnement à l'extrême, on devrait se résoudre à conclure que cette « aide » est déjà incluse dans leur extravagant revenu à la ferme de 35 $ l'hectolitre.
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