Le bouleversement


 

Les producteurs laitiers français doivent s'adapter, à vitesse grand V, à une toute nouvelle réalité d'affaires. Partis d'un système que de nombreux intervenants qualifient de suradministré, ils composent maintenant avec un univers de prix volatils, plus bas qu'auparavant, moyennant des aides directes de l'État.

Au moment d'en rencontrer certains, en mai dernier, dans le bassin laitier du Grand Ouest français, la majorité ont dit bien s'accommoder de la nouvelle réalité d'affaires qui leur a été imposée. Et pour cause. À l'hiver et au printemps 2012, les prix – dorénavant basés sur la réalité du marché mondial – étaient intéressants. Par contre, sur un plus long horizon, beaucoup soutiennent qu'il faudra traverser encore quelques crises, comme celle vécue en 2009, avant d'avoir bien intégré la nouvelle réalité d'un système plus ouvert. Aux dires du président de la Fédération nationale des coopératives laitières, Dominique Chargé, le processus d'adaptation pourrait même durer jusqu'à 15 ans.

Gérer autrement
L'abandon graduel des quotas, d'ici 2015, change radicalement l'organisation de la filière laitière en France. Deux marchés principaux sont visés. Bien sûr, on souhaite continuer de tirer profit le plus possible du marché intérieur, plus rémunérateur. C'est là qu'on écoule les produits à forte valeur ajoutée. En parallèle, les marchés de l'Asie-Pacifique présentent un intérêt certain, dans une logique de coût marginal.

Pour les transformateurs, l'adaptation est aussi majeure. Comment, en partenariat avec les producteurs, tirer le maximum de profit des marchés émergents, sans encombrer le marché intérieur et y occasionner une baisse radicale des prix? Pour les coopératives laitières, le tissage de relations d'affaires nouvelles avec les membres, qui ont mené à la mise en place de volumes préétablis destinés aux marchés intérieur et d'exportation, amène de bons résultats. À noter : l'État se retire de la gestion de la production, et aussitôt les acteurs de la filière mettent en place des outils visant à structurer leurs relations d'affaires et à discipliner la production. On ne le dira jamais assez : le free-for-all à la néo-zélandaise – et à l'américaine, dans une moindre mesure – fait bien peu de gagnants.

Les yeux ronds
Les intervenants du secteur laitier français ont les yeux ronds quand ils obtiennent réponse à leurs questions à propos de notre industrie laitière. « Quelle est la valeur des terres chez vous, au Québec? » demandaient-ils. « Et celle des quotas? » « Qu'en est-il du prix du lait à la ferme? » « Quoi? Pour vrai? » s'exclamaient-ils. Oui, c'est bien ça. Le système fonctionne, et on l'espère aussi solide encore bien longtemps. « Et quel est votre principal défi par rapport à la gestion de l'offre? » Prendre conscience des limites du système, afin justement de ne pas l'essouffler. Les réactions les plus souvent entendues : « Chérissez votre système, mais ne vous fermez pas au monde extérieur. En Europe, nous avons pris des retards structurels et laissé s'installer un certain laxisme dans la gestion de nos entreprises au cours des dernières décennies. Pour certains, le réveil est brutal. »

Malgré les récriminations de certains lobbies, la gestion de l'offre ne sera pas de retour en Europe. Là-bas, de nombreux pays influents au sein de l'Union européenne étaient très hostiles aux quotas. Alors qu'ici il règne une forte unani­mité au sein des provinces quant au maintien de la gestion de l'offre.

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