Le bouillant marché

des terres agricoles


 

Partout à travers le monde, l'appétit pour les terres agricoles va grandissant. Chez nous, de nombreux producteurs agricoles sont découragés par le prix élevé des terres, que la rentabilité de la production agricole ne justifie pas toujours. À l'autre extrémité du spectre, d'autres sont bien heureux du fort prix auquel ils peuvent vendre. Enjeux complexes, qui soulèvent les passions.

Hormis le désormais célébrissime épisode d'achat massif de terres agricoles au Lac Saint-Jean par un fonds de retraite, force est de reconnaître que le phénomène d'accaparement des terres agricoles par des fonds institutionnels est plutôt anecdotique au Québec pour l'instant. Pourtant, l'appétit pour les terres, comme en fait foi l'impres­sionnante hausse de valeur dans les régions à fort potentiel agricole, semble plus fort que jamais. L'excellente rentabilité de certains secteurs de production (maïs et oléagineux, gestion de l'offre), couplée à la quasi-impossibilité d'investir dans le quota, en constituent certains des principaux facteurs explicatifs. On ne se plaindra pas que certains secteurs se portent si bien.

Le discours ambiant à l'égard de la valeur des terres s'apparente fortement à celui qui prévalait lors de la mise en place d'un plafond sur le prix du quota laitier, voilà maintenant plus de cinq ans. À l'époque, plusieurs prétendaient qu'au prix où le quota laitier se transigeait, son achat n'était plus justifié. Solution : plafonnement du prix. Or, on ne plafonnera pas le prix des terres au Québec. Mais après avoir convenu que ce ne sont pas les Chinois qui sont responsables de la forte hausse du prix des terres chez nous, comment y réagir ? Différentes options sont possibles, entre autres renforcer les balises légales ou alors favoriser (ou accepter) l'émergence de nouveaux modèles d'affaires.

Au plan légal, souhaite-t-on baliser les transactions de terres, par exemple en n'octroyant qu'à certains la permission de s'en procurer ? Si oui, sur quelles bases donnerait-on à un Québécois ou à un autre (agriculteur ou non, à contrat ou intégrateur, etc.) la permission d'en devenir propriétaire ? Et que dire des questions de financement… Dans la foulée de la hausse de la valeur des quotas, les institutions financières ont souvent été pointées du doigt, accusées d'exacerber le problème en prêtant sur la base de garanties plutôt que de la capacité de remboursement. Des balises favorisant un financement plus responsable seraient certes bienvenues.

Il faudra peut-être aussi se résigner à voir d'autres modèles d'affaires se répandre. À l'échelle canadienne, c'est au Québec que la proportion de terres agricoles possédées par ceux qui les exploitent est la plus élevée. Comme l'indiquent les données du dernier recensement de l'agriculture (voir graphique), le Québec se distingue des autres provinces canadiennes avec un taux de possession s'élevant à 85 %. Or, le transfert des actifs d'une génération à l'autre se complexifie à mesure que leur valeur augmente par rapport aux revenus qu'ils génèrent. D'autres modèles d'affaires devront forcément être préconisés pour répondre au contexte changeant. Mais comment les mettre sur pied sans sacrifier l'autonomie des entreprises et les valeurs sur lesquelles le modèle agricole dominant s'appuie ?

De leur côté, les collègues du Centre d'expertise en gestion agricole (CEGA) recommandent de consacrer plus d'énergie à la gestion stratégique de l'entreprise. Aux yeux de ces spécialistes de la gestion, l'achat de terres agricoles ne constitue pas un microprojet, mais doit plutôt s'inscrire dans une stratégie de développement à long terme de l'entreprise. Malgré cela, trop souvent des actions sont prises précipitamment. Hey… Le voisin est à vendre !

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