Doha enlisé,

le PTP à l'honneur


 

Il fait un temps de chien en ce 24 septembre à Genève, où s'ouvre le Forum public de l'OMC*. Rien pour redonner le sourire aux organisateurs, sans doute déjà déprimés par l'état de santé de l'OMC, que le thème de la réunion exprime éloquemment :
« Le multilatéralisme est-il est crise ? »
On savait d'entrée de jeu que le cycle de Doha n'allait nulle part, mais l'OMC est décidément à court d'arguments pour motiver les troupes. Pour réussir le tour de force de parler en bien du multilatéralisme, on va jusqu'à invoquer l'ONU (c'est quoi le rapport ?) et son rôle pour le maintien de la paix dans le monde. Le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a l'air d'un animal blessé. Il explique que l'OMC est constituée pour répondre à des enjeux d'il y a 20 ans. Ses processus et sa culture organisationnelle seraient des vestiges d'une autre époque. M. Lamy se dit même pessimiste – le mot est le sien – sur l'avenir du multilatéralisme. Sa candeur frôle l'irréel. L'homme a le mérite d'ébranler les préjugés les plus tenaces sur la traditionnelle langue de bois des diplomates, mais comme leader de l'OMC, il a manifestement abandonné. Suis-je le seul à me demander s'il démissionnera sur-le-champ ? Quoi qu'il en soit, il terminera vraisemblablement son mandat, jusqu'en août prochain. Pour le moment, les différends entre les ténors du commerce mondial, notamment la Chine, le Brésil et les États-Unis, semblent irréconciliables. La question fondamentale qui se pose concernant l'OMC est : comment enterrer le cycle de Doha, et sur quelles bases relancer un nouveau cycle ? Le prochain DG de l'OMC aura du pain sur la planche.

Ainsi, l'OMC ne fait pas planer de grande menace sur la gestion de l'offre. Mais devant l'impasse, les accords bilatéraux et plurilatéraux (impliquant un nombre restreint de pays) se multiplient. C'est le sujet de l'heure et, ironie de la chose, il réussit même à accaparer des tribunes du Forum public. Imaginez le portrait : dans l'antre du commerce multilatéral qu'est le siège de l'OMC, à Genève, on procède au lancement d'un livre portant sur le Partenariat trans­pacifique (PTP), auquel le Canada vient d'adhérer. La trentaine de délégués canadiens présents à Genève grappillent tout ce qu'ils peuvent sur cet accord soi-disant très ambitieux, potentiellement dommageable pour la gestion de l'offre. Votre humble serviteur est probablement le seul membre de la délégation canadienne à y voir, en plus d'une regrettable menace à l'intégrité de la gestion de l'offre, des occasions commerciales pour nos secteurs exportateurs.

Le Partenariat transpacifique, crucial aux yeux du gouvernement canadien, occupe aussi une place prioritaire dans le programme commercial des États-Unis. Chose étrange, on le glorifie avant qu'il n'existe : un accord de haute qualité, un accord du XXIe siècle. Wôôôô… menute ! La conclusion d'un accord entre une dizaine d'acteurs aux intérêts parfois divergents ne sera pas chose facile. À travers les branches, on entend même certains téméraires qui se risquent à des prédictions sur l'échéancier des négociations : « À moins que le Japon ne se joigne au groupe, un accord pourrait survenir en novembre 2013. » Voilà qui apparaît bien irréaliste. On dit aussi du PTP qu'il doit être abordé sans œillères, sans sensibilités. Or tous les acteurs qui s'assoient à la table ont des sensibilités, des secteurs qu'ils souhaitent protéger. Il faut être hypocrite pour prétendre le contraire. Sans craindre un effondrement total de nos barrières tarifaires dans nos secteurs sous gestion de l'offre, nous devons rester sur nos gardes, car toute concession aurait des impacts non souhaitables sur le système.

* Réunion annuelle rassemblant à Genève quelque 1000 parti­cipants, venus débattre d'enjeux touchant les échanges commerciaux.
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