BRIC... BRICA ?

Depuis quelques années, le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine – d'où l'acronyme BRIC – portent la croissance mondiale sur leurs épaules. Bien qu'ils ne comptent que pour environ 25 % de l'économie mondiale, la moitié de la croissance s'y concentre. Or, le 24 décembre 2010, le quatuor est devenu quintette, avec l'addition de l'Afrique du Sud. L'Afrique du Sud, sérieusement ? ! ? Qu'est-ce qui justifie sa présence dans ce groupe sélect ? Représente-t-elle aussi une puissance en devenir ? En agriculture, qu'en est-il ?
Les quatre pays du BRIC sont des géants. Selon la Banque mondiale, ils occupent des rangs situés entre le 2e et le 10e au palmarès des plus grandes économies mondiales. L'Afrique du Sud se retrouve pour sa part au 27e rang du même classement. Pas dans la même ligue. Son impact sur la géopolitique planétaire n'est pas comparable à celui des autres. De plus, n'enregistrant qu'une croissance annuelle modeste de 3 %, elle n'est pas susceptible de se développer au point de rattraper les grandes puissances. Le secteur minier représente le principal pilier de l'économie sud-africaine (or, diamant, charbon), plombée par le chômage endémique et des écarts sociaux titanesques.

L'agriculture ne représente que 3 % de l'éco­­nomie de ce pays peuplé de 50 millions d'habitants. Les 15 millions d'hectares de terres cultivées (environ sept fois la superficie cultivée au Québec) ne suffisent pas à faire du pays une puissance agricole. Vestige de l'apartheid, l'agriculture sud-africaine présente une dualité frappante : l'agriculture productiviste pratiquée dans les entreprises possédées par les Blancs contraste vivement avec l'agriculture de subsistance, encore fortement présente. Il est, de ce fait, plutôt surprenant de retrouver l'Afrique du Sud au cinquième rang du palmarès des plus grands exportateurs de maïs. Sa production totale est équivalente à celle du Canada, mais elle en exporte beaucoup plus. Fort d'une balance commerciale agroalimentaire positive, le pays exporte aussi du vin, des fruits frais et du sucre.

Sarcastiquement, il n'y a qu'au chapitre du PIB par personne que l'Afrique du Sud se rapproche sensiblement des pays du BRIC. Il y est tout juste au-dessus de 8000 $ US, alors qu'il est de 5445 $ en Chine et de 12 594 $ au Brésil. En guise de comparaison, on parle d'environ 50 000 $ aux États-Unis et au Canada. Diantre, tout bien considéré, comment justifier l'inclusion de l'Afrique du Sud dans un groupe de pays composé du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine ? Sans doute ne faut-il pas chercher l'explication plus loin que dans son statut de représentant du continent africain. L'Afrique du Sud est un géant africain, certes, mais pas un géant mondial.

Après le BRICA, les Onze prochains
Au cours des années à venir, après les pays du BRICA, on parlera de plus en plus des Onze prochains. Des pays qui, enregistrant une croissance robuste, changeront à leur tour la face de l'économie mondiale et les grands équilibres géopolitiques. En font partie, entre autres, la Corée du Sud, l'Indonésie, le Mexique, la Turquie et le Nigeria. De la Triade (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest et Japon) aux Onze prochains, en passant par le BRICA… Décidément, le monde change à une vitesse effarante. Dire qu'il n'y a pas si longtemps, les chefs d'État du G7 établissaient le rythme de la géopolitique mondiale. Ce rééquilibrage et la complexité politique qui en émerge ne sont pas étrangers à la stagnation des négociations multilatérales à l'OMC.
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