Lait, porc, volaille...

la contractualisation est partout !

À la demande de l'UPA, une étude a récemment été réalisée par la professeure Annie Royer, de l'Université Laval, sur les différents modes de coordination verticale liant les producteurs agricoles aux autres maillons de la filière. Ces travaux arrivent à point nommé dans un débat où les concepts – qu'il s'agisse de coordination, de contractualisation ou d'intégration – sont flous aux yeux de beaucoup et entraînent des déchirements. Dans l'imaginaire populaire, la soi-disant intégration est partout, elle s'immisce insidieusement dans notre agriculture et met nos valeurs à mal. Qu'en est-il réellement ?
Le phénomène d'intégration à proprement parler est assez peu présent en agriculture au Québec. Concrètement, l'intégration s'observe lorsqu'un maillon de la chaîne, par exemple un transformateur, devient lui-même producteur en acquérant les actifs d'une ferme. La contractualisation, qui peut avoir plusieurs visages, est de son côté très courante. Elle fait peur à certains, notamment à cause du manque de transparence qui l'accompagne parfois. À cet égard, la formule coopérative, qui se démarque justement par sa transparence, jouit d'une longueur d'avance. Les ententes contractuelles prises à l'intérieur de la Filière porcine coopérative, ou encore par l'intermédiaire de Grains Elite, permettent aux producteurs agricoles du Québec de mieux se tirer d'affaire.

Certains contrats de production balisent une partie des intrants utilisés. Presque totalement absentes du secteur laitier, de telles dispositions sont courantes dans les secteurs de la volaille, du veau de lait et du porc, pour ne nommer que ceux-là. Au-delà des vifs débats qu'elles suscitent, on oublie trop souvent que les réalités combinées du marché et de la production animale les commandent expressément. Prenons pour exemple 10 fermes laitières où sont élevées des vaches de races différentes, à qui on sert des rations variées. Elles produisent du lait ayant une teneur en gras et en protéines très variable, entre autres différences. Peu importe : tout ce lait aboutira dans la même citerne et pourra ultimement servir à la fabrication du même produit de consommation. Dans le secteur des viandes, c'est différent. Pour obtenir l'uniformité désirée à l'abattoir et dans le rayon de l'épicerie, il est incontournable que les intrants (génétique, alimentation, gestion d'élevage, etc.) fassent eux-mêmes l'objet d'une uniformité sans faille. C'est d'ailleurs ce qu'exigent nos concurrents. Un homme d'affaires américain réputé rappelait que, de nos jours, le marché n'oppose plus les entreprises aux entreprises, mais plutôt des chaînes de valeur entre elles.

On fait rarement mention des modes de coordination verticale préconisés dans le secteur laitier. Est-ce à dire que les producteurs de lait opèrent dans le contexte d'indépendance le plus pur, sans coordination aucune ? Bien au contraire. La filière laitière est fortement coordonnée, surtout entre les maillons production et transformation. En effet, le contrat collectif qui unit les producteurs laitiers à leurs acheteurs, par l'intermédiaire de la Fédération des producteurs de lait, encadre rigoureusement les conditions de mise en marché (caractéristiques du produit, quantités, etc.). Les producteurs laitiers sont même allés jusqu'à se donner un encadrement affectant considérablement la possibilité pour les entreprises de croître. Le haut niveau d'encadrement de ce contrat collectif n'empêche pourtant pas les producteurs d'y tenir comme à la prunelle de leurs yeux.

Il est à souhaiter que cette recherche aura permis de bien saisir toute l'importance de coordonner efficacement les chaînes. Il faut saluer tous les acteurs qui ont permis la réalisation de cette étude, bienvenue dans le contexte actuel de déchirement entre catégories de producteurs.

Il faut saluer aussi sa rigueur. Ce ne sont pas toutes les études qui nous gâtent sur ce point. Merci, professeure Royer. Et au plaisir de prendre connaissance de vos prochains travaux.
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