Beaucoup de bruit pour rien

La production laitière américaine traverse des moments difficiles. Comme l'indique le graphique de cette page, le ratio prix du lait/prix des aliments frôle des creux historiques. À juste titre, l'industrie milite en faveur d'un nouveau filet de sécurité, ce qu'elle obtiendra quand cesseront les psychodrames successifs qui secouent la politique américaine. Il demeure que ce nouveau filet de sécurité pourrait faire beaucoup de bruit pour rien.
Le prix du lait aux États-Unis, fort volatil, oscille autour de sa tendance des dernières années. Dans le contexte où le coût des intrants a augmenté considérablement depuis 2006, les producteurs doivent composer avec des marges en baisse. Or le programme de paiements directs destiné au secteur laitier, le MILC1, ne réagit qu'en cas de prix faible, pas de marge faible. Ainsi, sans soutien de l'État – ou si peu –, les producteurs n'ont que peu de solutions de rechange. Beaucoup grugent du vieux gagné en planifiant leur sortie, alors que ceux qui restent s'efforcent de tirer le meilleur profit d'investissements technologiques et d'économies de taille.

... il y a fort à parier que c'est la précarité financière de l'État américain, et non celle des producteurs, qui sera prioritairement considérée.

Quoi qu'il en soit, les producteurs laitiers américains attendent avec impatience qu'une nouvelle politique laitière vienne à leur rescousse. Un nouveau filet de sécurité visant à les protéger en cas de baisse de marge apparaît de plus en plus probable. Est-ce qu'il changera réellement les choses ? On peut en douter.

Ratio prix du lait/prix des aliments aux États-Unis

D'abord, les producteurs qui souhaiteront y adhérer devront vraisemblablement payer une prime en échange de la protection. Même principe que pour un programme d'assurance. Mais quel niveau de prime ? En échange de quel niveau de protection ? La balle est maintenant dans le camp des actuaires, qui patinent sur une glace mince. Si la protection est insuffisante, les producteurs n'y adhéreront pas. Si elle est trop généreuse en regard de la prime, le coût pour le Trésor américain sera prohibitif. Il leur faut viser juste. Seulement, dans le contexte actuel des finances publiques américaines, il y a fort à parier que c'est la précarité financière de l'État américain, et non celle des producteurs, qui sera prioritairement considérée.

De plus, il faut rappeler que tout filet de sécurité éventuel sera plafonné. L'actuel MILC est plafonné à environ 130 vaches. Dans la mesure où, en 2011, 63 % de la production laitière américaine provenait de fermes de plus de 500 vaches, l'effet de programmes ainsi plafonnés sur l'évolution du paysage laitier américain demeure minimal. Est-ce voulu ? Rappelons que, dans le secteur laitier, on cherche à éviter de trop soutenir l'industrie, ce qui ultimement entraînerait des surplus qui plomberaient les prix. Il est toujours frappant de prendre conscience de la perception des outils de politique agricole qu'ont les intervenants du secteur agricole américain. L'atteinte d'un quelconque revenu cible, par exemple le coût de production, ne fait pas partie de leur langage.

Où donc se trouve le salut de la production laitière américaine ? À priori à l'extérieur des États-Unis, puisqu'une part grandissante de la production laitière américaine est exportée. Cette proportion continuera d'augmenter au rythme de l'accroissement de la demande mondiale. Autre source de salut : la technologie et les économies de taille. Ah oui… attendez-vous aussi à une nouvelle tentative de contrôle de l'offre en cas de surplus. Une autre patch. Que ceux qui croient à cette ixième tentative lèvent la main.
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