Un autre avantage

du boum asiatique

De nombreux facteurs militent en faveur d'une hausse durable des prix alimentaires à l'échelle mondiale. Les secteurs sous gestion de l'offre, peu exposés à la dynamique des marchés mondiaux, voient défiler ces tendances au loin. L'impact des Chinois sur la consommation mondiale de poulet et de produits laitiers signifie-t-il quelque chose pour nous ?
Le poulet est la viande dont la consommation augmente le plus rapidement dans le monde. Le USDA s'attend à ce que la demande continue de se raffermir au cours des prochaines décennies et que les échanges mondiaux de poulet augmentent de 30 % d'ici 2021. Des prévisions cohérentes avec le rythme d'enfer auquel naissent les Poulet frit Kentucky en Chine. Il en est de même pour les produits laitiers. En faible croissance dans les pays industrialisés, la consommation de protéines laitières a la cote dans les économies émergentes. Selon des estimations récentes de la Rabobank, la consommation de produits laitiers augmentera rapidement au cours des prochaines décennies. L'OCDE évalue cette hausse de consommation à quelque 35 % d'ici 10 ans.

… une augmentation structurelle des prix sur les marchés mondiaux est donc potentiel­lement bénéfique pour la gestion de l'offre …

Cette augmentation de la demande de protéines laitières et de poulet est susceptible d'aboutir à une hausse structurelle des prix sur les marchés mondiaux. Les pays fortement exportateurs salivent à cette idée. Comprenons-nous bien : les prix qu'ils recevront pour les produits qu'ils exportent actuellement – et qu'ils exporteront au cours des prochaines années – ne sont nullement compa­rables à ceux en vigueur au Canada. Oublions donc de facto l'idée de tirer profit à grande échelle de ces marchés. De toute façon, gestion de l'offre et exportation ne font pas bon ménage.

Évolution des prix de la poitrine de poulet désossée



Cela étant, quel est l'impact sur la gestion de l'offre d'une hausse potentielle des prix sur les marchés mondiaux, à l'égard de l'étanchéité du mur tarifaire ? Le graphique de cette page montre l'évolution de la protection procurée par les tarifs douaniers dans le secteur de la volaille (poitrine de poulet désossée). Le prix d'impor­tation (ligne or) est calculé en additionnant au prix mondial (ligne bleue) les frais de transport, les effets de change et le tarif douanier. Plus le prix mondial est élevé, plus le prix d'impor­tation est élevé et meilleure est la protection offerte par le mur tarifaire. Toutes choses égales par ailleurs, une augmentation structurelle des prix sur les marchés mondiaux est donc potentiel­lement bénéfique pour la gestion de l'offre, car elle améliore la protection procurée par les tarifs. Il demeure toutefois que la forte volatilité des prix mondiaux, couplée à la marge de manœuvre relativement faible procurée par les tarifs, pressurise le système. Non seulement toute baisse de tarif serait préjudiciable, mais la tendance à l'augmentation des prix sur le marché intérieur pourra difficilement se maintenir, pour de strictes raisons mathématiques. C'est vrai pour tous les produits sous gestion de l'offre.

Certains font remarquer qu'une hausse tellement importante du prix des produits laitiers et de la volaille pourrait faire diminuer l'intérêt des producteurs canadiens envers la gestion de l'offre. Prévision digne d'un monde de Calinours… La différence de prix entre les marchés international et intérieur étant tellement importante (quasiment du simple au triple), ce n'est pas près de se produire. On peut même affirmer avec confiance que ça ne se produira jamais, en tout cas pas tant que le prix demeurera fixé en fonction du coût de production.
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