« Ça se passe

              en ville à soir »

Les démographes sont formels : la Terre accueillera deux milliards d'humains supplémentaires d'ici 2050. C'est leur concentration dans les villes qui amplifiera leur impact sur la demande alimentaire mondiale. Devant cette dynamique, le concept de sécurité alimentaire pourrait bien prendre un autre sens.
D e tout temps, la population mondiale s'est retrouvée majoritairement en zones rurales. Si l'on se fie aux chiffres de la FAO, la proportion a toutefois basculé en 2008, lorsque la population grandissante des villes a rejoint celle des campagnes, stagnante. Tout porte à croire que cette tendance perdurera (voir le graphique). C'est principalement la dynamique démographique des pays d'Asie du Sud-Est qui explique cette nouvelle réalité, le nombre de grandes villes ne cessant d'y augmenter. En Chine seulement, on comptera en 2015 quelque 90 villes de plus d'un million d'habitants.

« Pour des centaines de millions de personnes, la sécurité alimentaire rimera dorénavant avec la facilitation des échanges à l'échelle planétaire. »

Dans les économies émergentes, la migration vers la vie urbaine est associée à l'augmentation du revenu personnel disponible et, conséquemment, à l'augmentation de la consommation d'énergie et de calories alimentaires, le plus souvent transformées. Ainsi, l'explosion de la population urbaine n'est pas étrangère au retour en force du charbon, qui pourrait bien détrôner une nouvelle fois le pétrole en tant que principale énergie fossile consommée à l'échelle planétaire, essentiellement pour la production d'électricité. L'urbanisation s'accompagne aussi de changements dans l'alimentation : viandes, fruits et légumes, produits laitiers transformés voient leur consommation augmenter rapidement. Dans certaines régions, telles l'Asie du Sud-Est et l'Afrique, la capacité de production agroalimentaire ne suffit pas à la demande et l'augmentation de productivité ne permettra pas de combler le fossé. La dépendance de ces régions du monde envers les importations de produits agricoles va donc s'accentuer dans l'avenir.

Dans de nombreuses régions, les habitants des campagnes vivent d'une agriculture de subsistance et n'ont donc qu'un impact limité sur les marchés. À l'opposé, les habitants des villes sont le plus souvent dépendants des marchés pour se nourrir. Sans vouloir dénigrer l'agriculture urbaine et l'agriculture de proximité, elles ne parviendront pas à nourrir les centaines de millions d'habitants des mégapoles du monde. Les grands pôles de production – le Canada en fait partie pour les grains et les viandes rouges – seront de plus en plus sollicités, et les denrées devront circuler pour atteindre les grandes populations urbaines. Ainsi, pour des centaines de millions de personnes, la sécurité alimentaire rimera dorénavant avec la facilitation des échanges à l'échelle planétaire. Il s'agit d'une tendance lourde, qui s'opèrera par la force des choses, qu'on le veuille ou non. Il y a tout lieu d'espérer que cet accroissement des échanges se fasse de façon ordonnée.
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