Uréeka !

Le tandem IFFCO Canada1 - La Coop souhaite construire une usine d'urée à Bécancour. Il s'agit du plus grand projet industriel dans la vallée du Saint-Laurent en plus de 40 ans. Regard sur le marché de l'urée, un fertilisant azoté dont trop de gens ont tendance à perdre de vue le caractère stratégique.
L'urée représente le tiers de tous les fertilisants minéraux utilisés à l'échelle mondiale. Les producteurs agricoles du monde entier en épandent quelque 160 millions de tonnes métriques annuellement. Bien que la consommation d'urée soit stable au Québec, elle augmente à un rythme de 3,8 % par an à l'échelle mondiale, selon l'International Fertilizer Association. Aux dires de la FAO, la rareté des terres agricoles nous contraindra à miser sur l'augmentation des rendements pour répondre à la demande croissante. Cela passe notamment par une utilisation optimale des fertilisants. C'est donc sans surprise que les grandes sociétés spécialistes de cette industrie entrevoient que la demande mondiale continuera de croître au même rythme que les années précédentes sur un horizon visible.

« La moitié de l'azote contenu dans nos tissus a transité par une usine de fertilisants. »

Malgré cela, certains soutiennent que l'agriculture devrait s'en tenir aux fertilisants organiques (fumiers et lisiers principalement) pour réapprovisionner les sols en éléments minéraux. Or, il est mathématiquement impossible, à l'échelle planétaire, de se limiter aux engrais organiques. Un bilan scientifique paru en 2012, Agriculture and the Nitrogen Cycle, rappelle que les plantes prélèvent du sol davantage d'azote que les engrais organiques, les résidus de culture et les nodules des légumineuses réunis n'en apportent. Ainsi, sans les usines de fertilisants azotés, l'équation ne pourrait pas s'équilibrer. Le magazine National Geographic signalait au printemps dernier que la moitié de l'azote contenu dans nos tissus a transité par une usine de fertilisants. On se rappellera que l'azote est un composant essentiel de toutes les protéines.

L'urée est un produit essentiel dont la demande est en hausse constante. Ce n'est donc pas un hasard si les projets d'usine d'urée se multiplient un peu partout sur la planète. Pas de façon uniforme, toutefois. Certaines régions présentent davantage de potentiel que d'autres. Puisque la production d'urée requiert des quantités importantes de gaz naturel, ce sont principalement celles où le coût de cette énergie est plus abordable qui sont ciblées par les promoteurs. Selon Rabobank, les régions de l'Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l'Amérique du Nord sont les plus compétitives en ce qui a trait à la production d'urée. Chez nous, c'est l'essor de la technologie de la fracturation qui a diminué radicalement le prix du gaz naturel. De surcroît, la capacité de production d'urée en Amérique du Nord, qui représente 5 % de la capacité mondiale, ne comble que la moitié des besoins. Cette balance commerciale négative justifie aussi l'augmentation de la capacité de production d'urée sur le continent.

L'histoire dira si les organisations promotrices de ce projet gigantesque seront en mesure de surmonter les obstacles entourant sa mise en œuvre. Chose certaine, l'accès à un approvisionnement local en urée représente un avantage stratégique indéniable lorsque vient le printemps, où une large clientèle doit être approvisionnée en l'espace de quelques semaines. Comme on n'est jamais à l'abri d'avaries dans le transport maritime, l'importation d'urée d'outre-mer n'est pas sans risque.



1 IFFCO est une coopérative indienne spécialisée dans l'industrie des fertilisants et qui regroupe quelque 50 millions de membres agriculteurs.
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés