Verre plein, verre vide

Le 1er janvier 2015, les quotas laitiers seront officiellement abolis en Europe. À l'approche de cette échéance, près de 400 intervenants du secteur laitier européen étaient réunis l'automne dernier à Bruxelles, pour se pencher sur l'avenir de l'industrie laitière européenne.
En cette période de bouleversement, tous n'entrevoient pas l'avenir du même œil. L'abolition des quotas laitiers constitue pour certains une délivrance, pouvant enfin – disent-ils – ouvrir les vannes et leur permettre de profiter d'occasions de croissance sur le marché mondial. Pour d'autres, l'exposition à la réalité volatile des marchés mondiaux, combinée aux modestes subventions découplées versées dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), ne favorise pas l'investissement.

Pour la très forte majorité des pays européens, les quotas nationaux (et conséquemment ceux des producteurs) n'ont plus d'effet limitant sur la production depuis nombre d'années. Ceux‑ci ont été augmentés au fil des ans, jusqu'à devenir insignifiants. Cette hausse du quota n'a pas été accompagnée d'une hausse de la production, car les prix à la production ont baissé parallèlement. C'est un peu comme si l'on augmentait le quota de tous les producteurs du Canada, tout en ramenant le prix du lait au niveau de celui des États-Unis, soit environ 35 $ l'hectolitre. Rien ne garantit que la production augmenterait.

La faiblesse des subventions européennes contribue à expliquer les plaintes récurrentes des producteurs laitiers.

Seuls quelques pays se sont prévalus du « privilège » d'augmenter leur production au fur et à mesure de l'augmentation de leur quota national. Cela témoigne d'un important potentiel jusqu'alors inexploité dans ces régions. C'est à ces endroits (Irlande, Danemark et Pays-Bas, notamment) que seront observées les principales hausses de production à la suite de l'abolition définitive des quotas.

Le renouveau de la politique laitière européenne s'est accompagné du versement d'aides directes aux producteurs. Très variable d'un pays à l'autre, la part des subventions dans les recettes totales des fermes laitières s'est élevée à 15 % de 2007 à 2011 (17 et 16 % respectivement pour la France et l'Allemagne)1. Ces subventions consistent majoritairement en droits à paiement unique (DPU) basés sur une référence historique. La faiblesse des subventions européennes contribue à expliquer les plaintes récurrentes des producteurs laitiers. Quiconque considère ces subventions comme généreuses se rappellera que, en période de crise dans les grandes cultures, au tournant des années 2000, et dans le secteur porcin récemment, les subventions représentaient 21% et 17 % des revenus des producteurs québécois spécialisés.

À quoi s'attendre pour l'avenir ? D'abord, à une consolidation importante des entreprises, assurément plus grande dans les régions à coûts plus élevés (zones montagneuses). En ce qui a trait à la politique agricole, tous ne s'entendent pas sur les outils à mettre en place pour soutenir le développement du secteur. À un extrême, l'European Milk Board prône un mécanisme de régulation de l'offre, afin de freiner les fortes baisses de prix en période de surproduction. Les nombreux pays qui s'opposaient aux quotas sont particulièrement hostiles à une telle mesure, d'où la faible probabilité de la voir mise en œuvre.

D'autres militent en faveur d'un observatoire des prix partout en Europe, histoire d'aider le marché à mieux équilibrer l'offre et la demande.

En discutant avec des spécialistes de l'industrie laitière européenne il y a plus d'un an, ceux-ci soutenaient que l'adaptation à ce nouvel environnement d'affaires demanderait 15 ans. Pas vrai : ce sera bien plus long.

1 Source : Réseau d'Information Comptable Agricole
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés