À quand une année de

l'agriculture entrepreneuriale ?

L'ONU a proclamé 2014 « Année internationale de l'agriculture familiale ». Érigé en dogme, le concept est pourtant plus difficile que jamais à définir. La complexité des débats que l'agriculture familiale a suscités au fil des ans lui confère même une désagréable impression de réchauffé. De façon bien malveillante envers les familles qui vivent du métier.
L'ONU a rattaché les célébrations de l'agriculture familiale à des enjeux de sécurité alimentaire. De toute évidence, elle n'avait pas en tête les pays industrialisés lorsque l'initiative a été lancée. Quoi qu'il en soit, prenons la balle au bond. L'occasion est belle pour nous pencher sur le modèle agricole québécois (s'il en existe un).

Commençons par le début : agriculture familiale… De quoi parle-t-on au juste ? Chanceux que nous sommes, la littérature fournit tout un éventail de réponses. Le plus souvent, les définitions proposées au fil des décennies se sont appuyées sur trois éléments : le capital, la gestion et la main-d'œuvre. Malgré de nombreuses variantes, les auteurs concluent généralement que pour qualifier une entreprise de familiale, son capital doit d'abord être propriété de la famille. Celle-ci doit aussi en assurer la gestion et fournir les effectifs. Si on prend les définitions à la lettre, pas besoin de chercher bien loin pour trouver des entreprises agricoles familiales à priori, mais qui s'écartent de l'image qui y est généralement associée.

« Alors que tous ne s'entendent pas sur le caractère familial ou non de bien des entreprises agricoles, la nécessité d'une attitude entrepreneuriale fait quant à elle consensus. »

Aux yeux de certains, presque toutes les entreprises agricoles sont familiales. Y compris celles de très grande envergure, impliquées à divers maillons de la chaîne (producteurs porcins ou avicoles qui possèdent des installations de transformation et des meuneries, par exemple). À l'autre extrême (gracieuseté de Roméo Bouchard, qui a fait partager sa vision de la chose dans une récente lettre ouverte), une entreprise qui fait pousser des OGM et utilise des engrais chimiques – ô sacrilège – ne pourrait plus s'enorgueillir du titre de familiale. Ce dernier exemple, caricatural, met en lumière le manque de rigueur dont souffre trop souvent ce débat.

De toute évidence, l'agriculture familiale est à géométrie variable. Aussi noble soit-il, le concept est plus que jamais difficile à cerner, compte tenu de la diversité de notre agriculture. En effet, de plus en plus d'entreprises agricoles adoptent des stratégies qui s'écartent du modèle dominant. Or, ce qui s'écarte du modèle dominant a le don de susciter suspicion et méfiance. Pensons à des entreprises qui adoptent une taille et une complexité qui commandent un partage de la gestion avec des spécialistes externes à la famille. Ou à d'autres de moins grande taille, mais qui choisissent de prendre une expansion géographique telle que les liens entre l'activité agricole et la vie rurale s'effritent.

L'agriculture familiale a constitué le socle de notre agriculture depuis des décennies et continuera d'en être partie intégrante, quelle que soit la définition qu'on lui donne. Il demeure que la diversité grandissante de l'agriculture rehausse la nécessité d'un qualificatif plus englobant. Alors que tous ne s'entendent pas sur le caractère familial ou non de bien des entreprises agricoles, la nécessité d'une attitude entrepreneuriale fait quant à elle consensus.

Ultimement, ce n'est pas le caractère familial ou non d'une entreprise agricole qui dictera sa pérennité et l'atteinte de bons résultats. Bien plutôt, c'est sa capacité d'innover et de faire face aux risques de l'environnement d'affaires. À quand une année de l'agriculture entrepreneuriale ?
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