Stratégie canadienne ?

Toronto, mars 2014. À l'invitation du Conference Board du Canada1, environ 200 personnes assistent au troisième Sommet canadien sur l'alimentation, théâtre de l'annonce d'une Stratégie canadienne pour l'alimentation. La très forte majorité des participants vient de l'Ontario, mais qui s'en soucie ? Stratégie canadienne quand même. Tout s'y passe en anglais ? Stratégie canadienne quand même.
Fort de moyens impressionnants (Loblaws est le commanditaire principal de ce sommet), le Conference Board a ratissé large. La Stratégie aborde un grand nombre de sujets fondamentaux, y compris la salubrité des aliments, la faim (désespé­rément présente ici même, au Canada) et la santé. Pour mettre en contexte l'annonce de la Stratégie, on a notamment invité le patron de Scotland Food & Drink. Il a dirigé la conception et la mise en œuvre de la stratégie alimentaire écossaise, dont on s'est inspiré.

Lâchement maquillée sous le vocable « réforme », la Stratégie canadienne pour l'alimentation propose plutôt des moyens visant l'abolition de la gestion de l'offre.

Voulant faire de l'Écosse (cinq millions d'habitants) un champion des exportations agro­alimentaires, on a ciblé une quinzaine de pays où la demande alimentaire est en forte croissance. Pas n'importe quelle demande alimentaire : on parle d'aliments à forte valeur ajoutée. Vous voulez de la bouffe à faible prix ? Allez voir ailleurs. Nous, nous offrons de la qualité et nous vendons la nourriture à prix conséquent. Sans oublier l'achat local, on garde en tête que 99,999 % (calcul véridique) de la population mondiale est à l'extérieur de l'Écosse et on agit en conséquence. À ce jour, les résultats sont concluants et l'espoir est grand. On conviendra qu'on est à des années-lumière de l'esprit de la Politique de souveraineté alimentaire québécoise.

Croissance et exportations : c'est sur ce moule que la Stratégie canadienne du Conference Board est élaborée. Jusqu'ici, tout baigne. Il est toutefois dommage que cette stratégie rate complètement la cible en préconisant le démantèlement de la gestion de l'offre. Lâchement maquillée sous le vocable « réforme », elle propose plutôt des moyens visant l'abolition de la gestion de l'offre. Par pensée magique, on laisse miroiter des prix à la consommation systématiquement plus bas. « Ouin, mais le Gatorade est lui aussi plus cher au Canada qu'aux États-Unis, et il n'y a pas de gestion de l'offre dans le Gatorade. » On ne parle pas de ça. Et l'abolition de la gestion de l'offre créera des emplois, dit-on. Vraiment ? Des emplois de quelle qualité, dans quelles régions, à quel rythme ? On ne parle pas de ça non plus.

Invité pour parler de gestion de l'offre, l'inimitable Sylvain Charlebois se fait, contrai­rement à ses habitudes, plutôt tendre envers le système. Il se dissocie des conclusions du Conference Board citées plus haut. Il clôt toutefois son allocution en recommandant sans trop de détails d'abaisser les tarifs douaniers pour les produits sous gestion de l'offre. Le jupon dépasse : cela aboutirait à la dissolution progressive du système. Sylvain Charlebois a eu beau se montrer modéré en cette occasion, chassez le naturel…

Est-ce sérieux, cette Stratégie canadienne ? Parle-t-on ici d'un ballon d'essai ou d'une initiative qui engendrera un courant de fond ? Malgré l'appui financier de nombreux transformateurs et distributeurs canadiens actifs à l'échelle internationale, cela semble pour l'instant embryonnaire. Mais il y aura manifestement un quatrième, un cinquième, voire bien d'autres sommets qui approfondiront les thèmes abordés. Chose certaine, si au lieu de parler d'abolition de la gestion de l'offre, on avait suggéré de poursuivre sa modernisation, l'appui de nombreux autres acteurs influents aurait été possible.
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