Rencontre des cultures

Équilibrer l'offre à la demande, afin de procurer un prix qui couvre ce qu'il en coûte pour produire. A priori, faire fonctionner la gestion de l'offre est simple comme bonjour. Dans la réalité, les divergences sur la mise en application de ses principes montrent que ce n'est pas si simple.
Il y a maintenant plus d'un an que les tensions dans le secteur de la volaille ont été mises au jour par le retrait de l'Alberta de l'entente nationale de contingentement. Le déchirant débat de l'allocation des contingents continue de faire rage, sous le vocable de croissance différenciée.

Dans le secteur laitier, on entend depuis longtemps l'écho, en provenance d'Ontario, de producteurs militant ouvertement en faveur d'une baisse du prix du lait. Pourquoi baisser le prix du lait ? Pour stimuler la croissance interne, disent-ils. De même que pour inciter les producteurs moins performants à s'en aller, afin qu'on puisse racheter leur quota. Perpétuel dilemme entre croissance et prix.

« Le fossé idéologique, aussi profond qu'évident, traduit la complexité du perpétuel débat opposant croissance et prix. »

Le confinement au marché intérieur et la relative stagnation des volumes qui en découle sont le prix à payer pour un système qui protège de la concurrence internationale. La nécessité de diminuer la pression dans le système en stimulant une certaine croissance est rassembleuse. Personne n'est contre la tarte aux pommes. Ce sont les moyens à mettre en œuvre qui divisent.

Pour certains, l'exportation représente une soupape à privilégier. Or il est loin d'être acquis que cette option soit porteuse. Il y a maintenant plus d'une décennie, l'Organe de règlement des différends de l'OMC a semoncé le Canada, lui interdisant d'exporter des produits laitiers à un prix plus faible que le prix intérieur. Cette pratique a été qualifiée de subvention illégale. Est-ce à dire que toute exportation de produits laitiers du Canada est impensable ? Non. Il nous est toujours permis d'exporter, mais au même prix de gros que sur le marché intérieur. A priori, certains marchés de créneau le permettraient. Mais il y a fort à parier que tout nouvel arrivant sur ces marchés subirait les attaques des acteurs existants. Sans latitude dans sa stratégie de prix (car contraint par les règles de l'OMC), il serait tout sauf évident pour le Canada d'acquérir des parts de marchés de façon durable. Le potentiel de l'exportation comme soupape demeure bien limité.

À l'échelle canadienne, il faut gérer avec grande prudence toute orientation relative au prix à la production. Les producteurs ayant investi en fonction d'un signal de marché X sont en droit de s'attendre au maintien de ce signal. Il faut aussi se rappeler qu'une partie du prix du lait au Canada s'explique par le marché mondial, qui se porte bien. Périodiquement, l'implacable loi de l'offre et de la demande le ramène vers sa tendance historique. Nonobstant l'actuel niveau de prix chez nous, largement supérieur à ce qu'il est ailleurs dans le monde, il est responsable de reconnaître que l'évolution passée du prix du lait pourra difficilement être reproduite. Il en va tout autrement de prôner une baisse du prix de certaines classes.

C'est pourtant ce que Wally Smith, l'éloquent et courageux président des Producteurs laitiers du Canada, a préconisé devant la dubitative assemblée générale des Producteurs de lait du Québec, en avril. Le fossé idéologique, entre les tenants de la croissance et ceux des prix élevés, aussi profond qu'évident, traduit la complexité du perpétuel débat opposant croissance et prix. Les acteurs du secteur laitier canadien ont encore beaucoup à faire pour assurer la convergence de leur vision de l'avenir. Pour le bien de la gestion de l'offre, un outil – voire une institution – dont la pérennité transcende les intérêts individuels des intervenants de la filière, il y a tout lieu d'espérer qu'on y arrive sans trop de heurts.
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