Qu'ont-ils fait de mal ?

Les organismes génétiquement modifiés, qu'on appelle paresseusement, affectueusement ou haineusement « OGM », ne laissent personne indifférent. Partout, ils suscitent des débats polarisés. Largement associés à Monsanto, parmi les entreprises les plus détestées du grand public, on se demande si les OGM suscitent crainte ou haine.
Les superficies plantées en OGM ont augmenté très rapidement au cours des 20 dernières années. Alors que la technologie était absente ou presque du paysage agricole en 1995, on comptait en 2012 plus de 160 millions d'hectares de cultures génétiquement modifiées. La presque totalité des OGM sont toutefois cultivés sur le continent américain (voir graphique). Leur présence est beaucoup plus discrète sur les autres continents, où ils sont tantôt décriés, tantôt vus comme une solution miracle. Largement absents du continent européen, les OGM ont fait de timides percées en Inde et en Chine, suffisamment pour éveiller les lobbys anti-OGM, aussi actifs dans cette région du monde. À tel point qu'il est légitime de se demander dans quelle mesure ils réussiront à s'y enraciner.

Alors que les rendements des cultures doivent impérativement augmenter dans plusieurs régions, notamment en Europe de l'Est, en Afrique et en Asie, il est loin d'être acquis que les OGM s'y implanteront. Beaucoup y voient un paradoxe, une désolante victoire de l'idéologie sur la science. C'est l'opinion du prestigieux hebdomadaire The Economist, qui l'exprime sans détour : « Les opposants aux OGM sont, comme les climatosceptiques, aveugles devant l'évidence. »1 Un peu condescendant comme approche, direz-vous à juste titre. Sa position a le mérite d'être claire.

Tandis que dans bien des pays, c'est l'utilisation même des OGM qui fait l'objet de débats, aux États-Unis, c'est leur identification sur les emballages des produits alimentaires qui fait jaser. À tel point que plusieurs États ont adopté des règlements obligeant l'étiquetage des OGM. Ces lois sont le plus souvent conditionnelles à l'adoption d'une législation similaire dans les États limitrophes. Le Vermont est l'exception : il fait cavalier seul, pour le meilleur et pour le pire. Une longue bataille juridique décidera du sort de sa législation sur la question.

L'étiquetage obligatoire des OGM peut sembler attirant a priori. Apparemment, 93 % des Américains sont pour l'étiquetage des OGM. Sans blague ! Qui répondrait par la négative à une telle question ? Mais son implantation non uniforme est pernicieuse. Sans une règlementation semblable, des écarts de compétitivité apparaîtront, en raison de la libre circulation des produits d'un État à l'autre. De plus, les coûts qui y sont associés se reflèteraient forcément sur le prix des aliments. À moins qu'un banal « Peut contenir des OGM » apparaisse mollement sur les produits susceptibles d'en renfermer.

Pour des milliers de producteurs agricoles, les OGM sont intimement liés à l'essor de leur entreprise. Pour la communauté scientifique, très largement consensuelle, ils constituent un outil prioritaire dans la lutte contre la faim dans le monde, et pour favoriser une utilisation encore plus rationnelle des pesticides. À l'autre extrémité du spectre, leurs opposants justifient souvent leur position par des arguments d'éthique associés au brevetage du vivant, et n'ont que faire des innombrables études ayant conclu au caractère tout à fait sécuritaire des OGM pour la santé. Peut-être bien qu'en osant en parler davantage, on parviendrait à déboulonner certains mythes. Les promoteurs des OGM doivent peut-être porter le blâme, finalement. Mea culpa. 1 Traduction de l'auteur
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