Apparences trompeuses

On dit souvent que l'herbe est plus verte chez le voisin, mais les apparences sont pour la plupart du temps trompeuses. Vaut donc mieux valider la situation avant de sauter aux conclusions. C'est le cas quand on regarde les données de production et de rentabilité des entreprises laitières.
Certains diront que la première impression est souvent la bonne. Cela s'avère dans la majorité des cas, mais il faut analyser un peu et se mettre dans le bon contexte avant de porter un jugement final. Par exemple, regardons le prix du lait sur votre relevé de paie : est-il vraiment plus payant de produire du lait à 85 $/hl par rapport à du lait à 80 $/hl ? Pas nécessairement ! La seule vérité, c'est que pour chaque hectolitre produit, vous recevrez 5 $ de plus. Pour un quota de 50 kg/j, ce qui représente de prime abord une apparence de gain peut aussi bien se révéler une perte importante. En faisant quelques exemples de calculs, le revenu peut facilement être de 10 000 $ en moins. Tout dépend des taux de gras et de protéine du lait que vous livrez, du nombre d'hectolitres que vous produisez par année, de la part de votre quota que vous utilisez et des primes d'automne que vous touchez.

Pour un troupeau composé majoritairement de vaches de race Holstein, est-ce plus payant de produire du lait à 4,4 kg/hl de gras que du lait à 3,9 kg/hl ? Pas nécessairement non plus ! Le taux de protéine a aussi une influence marquée sur le revenu total. Avec du lait à 3,9 kg/hl de gras, vous pouvez livrer, pour un même quota, plus de protéine dont le prix au kilo est sensiblement le même que celui du gras. En fait, les solides totaux produits auront une grande influence sur votre paie. Ces facteurs auront un impact beaucoup plus grand sur le revenu total de votre ferme qu'une baisse du coût d'alimentation de 1 $/hl.

Une situation préoccupante
Actuellement, quand on consulte les statis­tiques de la Fédération des producteurs de lait du Québec, on constate que le taux de gras du lait produit est à la hausse. Pourtant, le quota provincial n'est pas produit au complet. Cela veut aussi dire qu'il y a moins de lait produit et, surtout, moins de solides totaux produits – y compris la protéine. Cette année, nous sommes en présence d'extrêmes : d'un côté, plus de 800 producteurs par mois ont dépassé le seuil de tolérance de 10 jours et une partie de leur production de lait n'a généré aucun revenu. De l'autre, plusieurs producteurs sont bien en deçà de la production permise, et même sous le seuil des 30 jours. Cela se traduit de part et d'autre en pertes de revenus importantes.

Le prix des aliments pour animaux se maintient à des niveaux élevés, ce qui peut en pousser plus d'un à réduire les quantités servies. Mais cette façon de faire peut représenter un piège et un détournement d'attention si, en contrepartie, on réduit les performances du troupeau et les quantités de lait livrées. Ce qu'il faut, c'est optimiser sa production et les composants de son lait de façon à produire à 100 % le lait permis par son quota et aller chercher de meilleurs revenus. Ainsi, l'herbe la plus verte sera la vôtre – et pas seulement en apparence !
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés