Gaia, ô Gaia
janvier 2004
On dit que la couche d’ozone rétrécit, que les grands glaciers fondent, que l’air et l’eau sont pollués. Misère! Gaia présente de sérieux symptômes de dérèglement. Il serait peut-être temps de la prendre au sérieux… Gaia, vous connaissez? Mais si! Vous, producteurs agricoles, la connaissez mieux que tous, quoique sous un autre nom : selon la mythologie grecque, Gaia, c’est la déesse Terre, la Terre mère et nourricière. Le nom a été repris dans les années soixante par James Lovelock, un biologiste anglais qui, alors au service de la NASA, émit l’hypothèse que notre planète et son atmosphère ne seraient qu’un seul grand organisme vivant. Depuis, l’hypothèse Gaia circule et elle est sérieusement considérée par d’autres scientifiques. Mais attention! Si poétique et anodine que puisse sembler l’hypothèse Gaia, elle recèle pourtant une lourde conséquence : si Gaia a une vie qui lui est propre, Gaia peut mourir et elle mourra d’autant plus vite que son équilibre interne s’affaiblira. Et ainsi, l’Homme, faisant partie de Gaia…

Hola! Loin de moi l’idée de me faire alarmiste. Au contraire. J’ai toujours eu confiance en l’Homme et en sa créativité. J’ai donc été ravie de lire le reportage d’Andrée Mathieu, dans le magazine L’Agora (Volume 9, numéro 3). Elle nous parle d’abord de ce groupe de scientifiques suédois – une cinquantaine au départ, en 1989 – qui ont formé un groupe de réflexion et d’éducation sur le développement durable. Le groupe s’appelle The Natural Step et rejoint aujourd’hui 10 000 Suédois, plus de 60 compagnies et autant de municipalités suédoises. Leurs travaux ont conduit à un énoncé de règles que tous peuvent s’approprier afin de participer localement au développement durable de la planète. Je vous les résume : ne pas extraire de la croûte terrestre davantage ni à un rythme plus élevé que sa capacité de renouvellement, gérer les rejets pour qu’ils ne s’accumulent pas dans la biosphère, et gérer les ressources de la terre et la diversité de la nature en bon fiduciaire. Du sens commun, vous direz, mais du sens commun qui a le grand mérite de rallier tout le monde.

Pour passer de la théorie à la pratique, Andrée Mathieu évoque ensuite tout ce qu’il nous reste à apprendre de la nature. Vous, producteurs agricoles, seriez fiers de l’entendre décrire l’intelligence et l’économie dont procède la nature. « Les humains ont plus de choses à découvrir qu’à inventer », soutient-elle. Le système de navigation des abeilles, le chauffage central et la climatisation des termitières, la production de toile par les araignées, l’efficacité du transport chez les oiseaux-mouches… que de merveilles que l’humain n’a encore réussi à égaler! C’est donc à force d’observer le fonctionnement de la nature que les scientifiques en sont venus à définir certaines lois naturelles. Les voici, telles que présentées dans l’article :
La Nature fonctionne à l’énergie solaire.
La Nature utilise seulement l’énergie dont elle a besoin.
La Nature adapte la forme à la fonction.
La Nature recycle tout.
La Nature récompense la coopération.
La Nature capitalise sur la diversité.
La Nature recherche l’expertise locale.
La Nature ne fait pas d’excès.
La Nature utilise ses limites pour stimuler sa créativité.

Que de sagesse en si peu de mots. Puissions-nous trouver des façons de rapprocher le fonctionnement de l’industrie de celui des écosystèmes naturels! Andrée Mathieu nous propose quelques éléments de réponse. Il y a des entreprises danoises qui se sont inspirées de la nature pour mettre en place un modèle de grappes industrielles, un peu comme le proposait Gérald Tremblay alors qu’il était ministre québécois de l’Industrie sous Bourassa, mais avec la différence que ce nouveau modèle forme un système complet et en équilibre : rien ne se perd, tout se transforme, dit-on. Les déchets d’une usine sont les matières premières d’une autre. Ils appellent cela des « parcs éco-industriels ». Et en prime, c’est économiquement intéressant.

Cela mériterait certes d’être fouillé. Si c’est concluant, ne pourrait-on pas y inclure des fermes dans le décor? Ne pourrait-on compléter, voire remplacer le concept d’intégration verticale par celui de coordination interentreprise, en faisant appel à la responsabilité citoyenne? Ouf. Gros projet. Un projet de société, quasi. Qui demanderait une concertation exemplaire de la communauté industrielle de même qu’une aide soutenue des gouvernements. Cela fait bien du monde à convaincre… Enfin. Ces Scandinaves n’ont pas fini de nous inspirer. Je crois qu’il serait fort avisé de les garder à l’oeil.
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
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Télécopieur : (514) 858-2025
 



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