Dur, dur d’être responsable!
novembre-décembre 2004
En clamant sur tous les toits les vertus de l’achat local, je suis devenue une cible de choix pour mes collègues qui prennent un malin plaisir à scruter mes habitudes d’achat. Depuis des années, ma boîte à lunch compte généralement un jus Oasis et un yogourt Yoplait. Ce sont des valeurs sûres. Mais il arrive parfois que je succombe à la tentation d’essayer de nouvelles saveurs. Ainsi, l’autre jour, il y avait un intrus dans ma boîte à lunch : un jus de mangues Dole. La belle affaire. Vous auriez dû voir l’ami Nicolas sauter sur l’occasion : « Ah, ah! Tu encourages le sénateur Dole? »

Comme si ça ne suffisait pas, quelques jours plus tard, c’est ma copine Guylaine qui en remet. Dans ma grande bonté, je lui avais offert de faire route avec moi. Mal m’en prit! La voilà qui s’empare de ma boîte de papier-mouchoirs à la recherche d’un indice compromettant – c’est que j’ai souvent dit qu’il fallait encourager Métro, notre dernier Gaulois de la grande distribution. « Oh, oh! triomphe-t-elle, tu es allée chez Loblaws? » Mince! Ai-je mis la barre trop haute? Je me sens tout à coup comme un administrateur de coopérative qu’on vient de surprendre chez Canadian Tire : la situation me rend mal à l’aise et pourtant, comme lui, je prétends être (généralement) fidèle à mes convictions.

C’est assurément un défi de taille que de rechercher la cohérence parfaite. Le milieu des affaires, qui s’intéresse de plus en plus à la responsabilité sociale des entreprises, commence à peine à réaliser toute l’étendue de la commande. Ayant eu la chance d’assister récemment à un grand forum sur la responsabilité sociale, j’ai essayé d’imaginer ce qu’une entreprise comme la nôtre, par exemple, devrait mettre en place pour être parfaitement responsable. Nous affichons, certes, une belle feuille de route et répondons plutôt bien aux différentes exigences en matière de gouvernance, de ressources humaines et d’engagement dans la communauté, mais des entreprises modèles comme le Cirque du Soleil ou Mountain Equipment Co-op relèvent grandement les standards en matière environnementale. Ainsi, pour figurer parmi les leaders, il nous faudrait maintenant viser la certification ISO 14001, vérifier que tous nos fournisseurs sont de bons citoyens, rechercher l’éco-efficacité de nos bâtiments, mesurer nos émissions de gaz à effet de serre, etc. Gros contrat – méchante facture! Et une révision complète des processus, afin d’assurer l’entière cohérence. Un changement de paradigme, rien de moins.

Et pourtant, le respect de l’environnement crée aujourd’hui de fantastiques opportunités de différenciation pour les entreprises sur le marché. C’est de la valeur ajoutée, sans aucun doute. C’est bon pour le consommateur, c’est bon pour l’entreprise et c’est bon pour la planète. Il faut, de toute évidence, prendre cette direction. À plus forte raison quand on est d’allégeance coopérative : le développement durable ne fait-il pas partie de notre credo? Il faut donc s’engager résolument, un geste à la fois, et se doter d’un plan d’action à long terme, tout en conservant l’équilibre délicat entre les activités économiques et la responsabilité environnementale. Car, bien sûr, il y a là des vases communicants : si quelque virage coûteux vient à compromettre la santé financière de l’entreprise, le point gagné en environnement n’aura-t-il pas été ravi à la bonne gouvernance? Ne dira-t-on pas que les administrateurs ont négligé leur rôle de fiduciaire des actifs?

Finalement, c’est peut-être dans l’effort fourni que se trouve le véritable mérite. Comme les sages disent parfois : ce n’est pas la destination qui importe, c’est le chemin que l’on emprunte. D’où l’importance de mesurer et de rapporter, régulièrement et avec des indicateurs précis, les progrès que nous, du réseau coopératif agricole, faisons en la matière. Ainsi, c’est par la mesure du chemin parcouru que l’on pourra vraiment témoigner de l’engagement, sincère et tangible, de notre mouvement.
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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