Ainsi parlait Zara
septembre 2005
J’ai assisté le mois dernier à une conférence sur l’intelligence collective, donnée par Olivier Zara à l’UQAM. On entend beaucoup parler d’intelligence collective, depuis quelque temps, et ça me titillait. Pourquoi est-ce tout à coup devenu un concept à la mode? Qu’a-t-on encore à dire sur l’intelligence collective? Va-t-on dénaturer le propos? Car pour moi, l’intelligence collective réfère à la coopération. Naturellement. « Coopérer, c’est être intelligent à plusieurs », disait souvent Claude Béland, l’ancien président du Mouvement Desjardins. Voilà donc mon cadre de référence en la matière mais, dois-je le préciser, je ne suis pas bornée pour autant. Je comprends que la coopérative n’a pas le monopole de l’intelligence collective. Je suis donc allée à cette conférence, ouverte et disposée à en apprendre davantage sur le sujet.

Si on s’intéresse aujourd’hui à l’intelligence collective, ai-je compris, c’est que nous sommes désormais dans une économie du savoir. Il n’y a pas longtemps, dans une économie de la production, la compétitivité des entreprises reposait sur les infrastructures, le travail et le capital. Or, l’essor formidable des technologies de communication et d’information nous a soudainement propulsés vers une économie du savoir où, dans un nouveau paradigme, la clé du succès prend une tout autre forme. Aujourd’hui, la création de valeur provient surtout de l’innovation et des idées qui se trouvent dans la tête des gens. En conséquence, pour être performantes et compétitives, les entreprises d’aujourd’hui doivent avoir cette capacité de mobiliser l’intelligence collective et de l’utiliser pour leur développement. La conférence, fort intéressante, portait donc sur un outil informatique destiné à aider les gestionnaires à canaliser l’intelligence d’une équipe de travail. Avec le biais qu’on me connaît, j’ai récupéré, de la conférence, tout ce qui pouvait s’appliquer au premier degré au mouvement coopératif et je le partage avec vous.

Voyons d’abord ce que l’exercice de coopérer exige de la part d’un individu. D’après Zara, pour coopérer pleinement, il faut non seulement accepter d’aider, mais aussi accepter de demander de l’aide. Élémentaire : celui qui aide mais ne demande jamais la réciproque est beaucoup plus un bienfaiteur qu’un coopérateur. Élémentaire peut-être, mais il n’est pas vain de le rappeler car, si la plupart des gens acceptent spontanément d’aider, demander de l’aide exige une certaine humilité qui n’est pas naturelle à tous.

Ensuite, Zara a clairement présenté le processus d’émergence de la coopération, qui doit réunir trois conditions essentielles : « vouloir coopérer, savoir coopérer et pouvoir coopérer ». Le « vouloir coopérer », pour Zara, c’est la disposition à signer un contrat, c’est le désir de s’engager volontairement à honorer un partenariat. En cherchant l’application de cette condition au sein de notre réseau, je me suis demandé si les contrats de membres, dans nos coopératives, étaient suffisamment signifiants et mobilisateurs pour stimuler la volonté de coopérer chez les parties prenantes. Je me le demande encore. Le « savoir coopérer », quant à lui, nous renvoie directement à la formation coopérative. C’est assurément un incontournable, car il faut amener les gens à comprendre ce qu’ils doivent faire pour participer au projet coopératif. À cet égard, notre réseau fait bonne figure, les investissements en formation y sont des plus généreux. Enfin, le « pouvoir coopérer » réfère surtout aux outils facilitant la coopération et, pour Zara, c’est l’informatique. Il est vrai que l’informatique nous fournit aujourd’hui d’extraordinaires possibilités d’établir de nouveaux lieux de solidarité et de coopération. Et je constate que notre réseau coopératif agricole est en retard dans ce domaine. Plusieurs n’utilisent pas encore l’informatique et parmi ceux qui le font, plusieurs ne sont pas branchés sur le Web. En d’autres milieux, ces gens sont déjà qualifiés d’illettrés des temps modernes. Espérons que la relève agricole nous pressera de faire mieux.

Enfin, Zara reconnaît qu’il y a, dans tout groupe, des profiteurs du système : ceux qui ne participent pas mais qui bénéficient du fait que les autres participent. Ce phénomène est bien connu dans le monde coopératif, on le désigne comme étant le problème du « free rider ». J’ai demandé à Zara comment il convenait de se comporter avec les profiteurs. Fort sage, il m’a répondu : « Il faut les faire travailler à exercer leurs talents à trouver les failles dans notre système. » Pour notre réseau, j’imagine que cela veut dire qu’on devrait mettre à contribution les profiteurs en établissant des voies de communication qui nous permettraient de connaître leurs doléances… ou nos faiblesses. Finalement, j’ai quitté la salle de conférence ravie de constater une fois de plus que la coopération, sous toutes ses formes, demeure un champ d’études inépuisable.
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
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Télécopieur : (514) 858-2025
 



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