Problèmes de santé
octobre 2005
La récente publication du rapport Ménard, sur le système de santé du Québec, expose sans ambiguïtés l’impasse vers laquelle nous nous dirigeons. Au cours des 30 prochaines années, les dépenses de services sociaux croîtront plus vite que les revenus gouvernementaux. Nous avons un sérieux problème. Je n’ai jamais vraiment réfléchi aux nombreuses questions que suscite le secteur de la santé mais, prenant de l’âge, je ne peux me permettre de rester indifférente à cet enjeu de société. D’autant plus que je reviens d’un programme d’études à Bologne, en Italie, où 85 % des services sociaux sont fournis par des coopératives et où les universitaires louangent la pertinence et l’efficacité des coopératives dites « sociales ». Belle coïncidence!

En Italie, ça s’est passé dans les années 80. Déjà, l’État n’arrivait plus à répondre adéquatement aux demandes croissantes de la population vieillissante. Il y avait, par ailleurs, des citoyens intéressés à faire leur part pour que leurs aînés aient accès à des services de qualité. La conjoncture était parfaite pour que naisse, fruit d’une concertation entre les principaux intéressés, la coopérative sociale. Oubliez la forme traditionnelle de coopérative avec laquelle nous travaillons ici. La coopérative sociale n’est pas dédiée à la maximisation des intérêts de ses membres, elle est plutôt dédiée à l’intérêt général de la communauté et ne peut redistribuer ses surplus aux membres. En contrepartie, elle peut bénéficier d’une certaine aide gouvernementale. Il aura donc fallu une loi spéciale pour confirmer le statut particulier de cette nouvelle forme de coopérative, caractérisée par la nature publique de sa mission et par la nature privée de son organisation d’entreprise.

Est-ce que ça marche vraiment? Lisez bien ceci et comparez. Le Québec, pourtant réputé pour sa fibre coopérative, présente une population de 7 millions et demi de personnes et quelque 3000 coopératives. La petite région de l’Émilie-Romagne, où est située Bologne, présente pour sa part une population de 4 millions de personnes et on y dénombre 15 000 coopératives dont 7000 sociales. Imaginez! On conviendra que leur expertise en la matière n’est pas discutable. D’ailleurs, tous les yeux coopératifs sont tournés vers l’Émilie-Romagne, ces temps-ci. On n’a pas fini d’en entendre parler.

Nombreux sont les observateurs qui soutiennent maintenant que le rôle de l’État devrait se limiter au soutien législatif et financier, car les coopératives sociales s’avèrent de bien meilleurs pourvoyeurs de services à la communauté. En Italie, elles se regroupent en consortiums pour répondre aux appels d’offres du gouvernement de façon très compétitive. Elles savent travailler en réseau et leur petite taille les protège contre la bureaucratisation. Elles offrent de meilleurs services aux clients et un meilleur climat de travail à leurs employés – ce qui vient d’ailleurs d’être documenté dans une étude italienne sur l’attraction et la rétention des employés dans différents types d’organisations. Enfin, elles présentent un taux de survie qui témoigne de leur grande efficacité.

Voilà. Maintenant, la question syndicale. Au Québec, parler de coopératives de santé suscite bien des craintes de la part des syndicats : « Va-t-on remplacer des emplois stables et bien payés du secteur public par du bénévolat et des emplois précaires? » En Italie, on a répondu non. Très clairement. Les coopératives sociales engagent des salariés professionnels suivant les conditions prévues dans les conventions collectives négociées avec les syndicats. Elles peuvent aussi compter sur des bénévoles mais, en vue de parer aux abus, la loi prévoit que, dans les contrats avec l’administration publique, le bénévolat doit compléter les paramètres d’emploi des salariés professionnels et non s’y substituer. Bref, pas de levée de boucliers là-bas. On est tous derrière la coopérative sociale, car on a tous, à quelque part, quelqu’un qu’on aime et qui en bénéficie.

Vraiment, la coopérative sociale italienne est innovatrice et mérite qu’on l’examine de près. Ni complètement privée, ni complètement publique, elle réussit par ses attributs coopératifs à générer et à valoriser cette importante relation de confiance qui fait toute la différence. Cette importante relation de confiance, dis-je, que la comptabilité ignore mais qui amène pourtant à l’efficacité et à la qualité des services sociaux que nous souhaitons tous, pour ceux qui en ont besoin aujourd’hui… mais aussi pour nous-mêmes, tôt ou tard.
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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