Le village global
janvier 2006
C’est le Canadien Marshall McLuhan qui avait utilisé, en 1962, l’expression « village global » pour décrire l'essor des médias électroniques et leur influence croissante sur toute la planète. Nous avons dépassé l’image. Aujourd’hui, le commerce mondial, la délocalisation des entreprises, les mouvements migratoires, tout concourt au rétrécissement des limites planétaires et pousse les hommes, d’ici et d’ailleurs, vers une destinée partagée sinon commune. Récemment, l’épisode de la grippe aviaire nous a un peu donné la frousse. La maladie pourrait franchir la barrière des espèces et se répandre jusqu’à nous. C’est cela, un village global. Nul ne peut désormais ignorer le sort de son prochain : nous sommes tous liés, plus qu’hier moins que demain, frères malgré nous dans un formidable réseau tissé de plus en plus serré.

Si la grippe aviaire représente vraiment une menace pour la santé publique, elle se révèle par ailleurs le symptôme d’un problème fondamental. Un problème latent, qu’on repousse toujours, très adroitement, comme de la poussière sous un tapis : la pauvreté. La pauvreté, comme un cul-de-sac pour des nations entières. La pauvreté, que nous révèle avec détails effarants le Rapport mondial sur le développement humain des Nations Unies. Quand on est pauvre au point de ne pouvoir assurer des conditions minimales d’hygiène et, de surcroît, qu’on n’a pas accès à de l’eau potable ni à des services de santé, quand on n’arrive pas à se procurer la quantité d’aliments qui puissent bâtir une certaine force de corps, il y a bien des choses dont on ne répond plus. Nous serions avisés d’en prendre note et de compatir un peu car, tant que la pauvreté fera partie du décor, nous serons tous condamnés à partager son lot de risques : maladie, violence, dégradation de l’environnement, instabilité politique et tous les désagréments qui vont avec.

Le milieu des affaires reconnaît pourtant qu’une saine gestion des risques permet de réduire certains coûts, d’augmenter sa valeur d’achalandage et d’assurer sa pérennité. Or, jusqu’à maintenant, la seule chose qui semble préoccuper nos gouvernements dans le nouvel espace mondial, c’est la balance commerciale de fin d’année. C’est bien, mais c’est nettement insuffisant. J’ai l’impression qu’il faudra beaucoup de mobilisation citoyenne si nous voulons que la mondialisation soit cette extraordinaire occasion de s’ouvrir aux autres cultures et d’initier de grands projets qui feraient honneur à l’homme.

Heureusement, les dirigeants des pays industrialisés commencent à s’ouvrir aux autres dimensions du village global. En fait, ils n’ont guère le choix de prendre acte des manifestations de plus en plus bruyantes des groupes de pression, d’accorder un peu plus d’attention aux messages passionnés de ceux qu’on appelle les altermondialistes. Ces militants ne sont pas contre la mondialisation, mais ils la veulent différente. Ils réclament un développement global. Un développement qui tienne compte des facteurs sociaux et environnementaux. Un développement intelligent, qui passe par la lutte contre la pauvreté et la protection de l’environnement. Et ils se font de plus en plus nombreux à joindre les rangs. Bien logique.

Pour ma part, j’ajoute qu’il nous faudra plus de coopératives dans le village global. Ce sont des entreprises qui, justement, sont connues pour assurer une bonne redistribution de la richesse. C’est simple : personne, dans une coopérative, ne peut s’accaparer la richesse, parce que l’entreprise est démocratique et qu’elle ne redonne de l’argent que sous forme de ristournes correspondant à l’usage. Connaît-on une meilleure façon d’assurer le juste partage entre ceux qui ont réellement contribué à la création de la richesse ? Pas moi. Je dis donc qu’il nous faudra plus de coopératives dans le village global. Pour dire oui à l’homme, d’abord. À l’argent ensuite. Pas à l’un ou à l’autre, mais à l’un puis à l’autre. Gardons nos valeurs à la bonne place et les poules seront bien gardées.
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
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Télécopieur : (514) 858-2025
 



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