Vivement les assemblées générales
février 2006
Si ce n’est déjà fait, vous recevrez sous peu l’invitation de votre coopérative pour assister à l’assemblée générale. Cette année, soyez prêt à vous offrir cette petite rencontre entre amis. Notez immédiatement la date. Si vous avez un conflit d’horaire, parlez-en avec les autres membres de la famille ou avec vos associés : quelqu’un peut sans doute vous remplacer à l’une ou l’autre des activités. Et pourquoi ne pas déléguer votre conjointe à l’assemblée générale de la coopérative, cette année? L’important, c’est d’y avoir des antennes et d’en rapporter de l’information pertinente.

Aussi, prenez le temps d’évaluer la relation que vous avez vécue avec votre coopérative au cours de la dernière année. En êtes-vous satisfait? Si vous avez des jeunes qui se destinent à prendre la relève, questionnez-les. Invitez-les, même. Il faudra bien passer le flambeau un jour ou l’autre. Et surtout, surtout, ne tenez rien pour acquis. Pas même votre coopérative. On a beau dire qu’elles sont durables, inaliénables, ancrées dans leur milieu, il reste que les coopératives sont avant tout des associations qui reposent sur la participation de leurs membres. Et si le Québec a été, je dirais, plutôt épargné jusqu’à maintenant, on a vu plusieurs grandes coopératives d’ailleurs se démutualiser au cours des dernières années. Il n’y a rien de pire que la désaffection des membres, pour une coopérative. Car quand il ne reste plus que le conseil pour tenir le fort, les administrateurs sont en droit de se demander si la coopérative a encore sa raison d’être. C’est alors que la démutualisation apparaît comme une option intéressante. Mais attention : le réveil est parfois brutal.

La vitalité de votre coopérative dépend donc de votre participation. Participation d’usage, par vos achats, mais aussi participation de contrôle, par les délibérations démocratiques de l’assemblée générale. À cet égard, j’étais ravie de constater, lors des ateliers de discussion de la récente tournée de nos forums Jeunesse, que la démocratie interpelle encore la relève agricole. En effet, plusieurs de nos jeunes invités ont jugé inacceptable que la jeunesse québécoise, telle que décrite dans un document de l’Institut du Nouveau Monde, soit à ce point déconnectée de l’actualité politique : trois jeunes Québécois sur quatre, y mentionne-t-on, ne votent pas aux élections. Nos jeunes producteurs et productrices étaient presque scandalisés. Bien. Voilà une relève responsable.

Il demeure que les grandes démocraties sont confrontées à de sérieux défis. Les politiciens sont mal aimés et les citoyens, blasés. Même l’économiste et Prix Nobel Joseph E. Stiglitz, dans un entretien qu’il m’accordait l’été dernier, reconnaissait que le système politique de son pays, les États-Unis, est corrompu par l’argent des compagnies multinationales. La démocratie à grande échelle, vraiment, ce n’est pas si simple. Le Small is beautiful revient à la mode. On entend de plus en plus parler de revitalisation du local comme mode d’action pour changer le monde car, eh oui, on croit encore qu’il est possible de changer les choses. On croit encore qu’il est possible d’améliorer, peut-être pas le sort de l’humanité tout entière mais, du moins, son propre sort et celui de ses proches. La démocratie, avance le professeur d’économie Serge Latouche dans Le Monde diplomatique, n’est probablement à son meilleur que dans des communautés de petite dimension, fortement ancrées dans leurs valeurs propres. Pour une plus grande échelle, suggère-t-il, il conviendrait peut-être de regrouper en un genre de confédération les petites unités homogènes, afin de conserver l’ancrage local et le levier plus efficace qu’il procure. L’idée est attirante. Surtout pour nous, du monde coopératif. Je trouve que ça nous ressemble : des coopératives à dimension humaine, relativement homogènes, regroupées au sein de La Coop fédérée, elle-même regroupée avec d’autres coopératives…

À l’heure où, dans un souci de rationalisation, on s’affaire à aplatir les structures, il faudra prendre garde à ne pas détruire ces espaces stimulants où l’individu peut s’exprimer librement et avoir quelque forme d’influence. Ces espaces sont les véritables lieux de participation responsable, ceux qui donnent à la démocratie tout son sens. C’est là, bien avant la frontière de l’anonymat des grandes masses, que se trouve le véritable pouvoir des communautés. Alors… pourquoi ne pas en profiter? Allez. À vos assemblées générales, tous et toutes!
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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