En lavant la vaisselle
avril 2006
Vendredi soir. Les mains dans l’eau de vaisselle, je rêvasse. Betty Friedan est morte, cette semaine. Betty Friedan, cette féministe des années 60 qui voulait sortir les femmes de leur cuisine. Je ris en moi-même : que penserait-elle de moi? Femme de carrière comme elle les rêvait, avec un homme à la maison, voilà que j’égrène bêtement mon vendredi soir en lavant la vaisselle. Mais je persiste. L’activité manuelle me fait du bien. La vaisselle, le plancher, la cuvette, je m’en balance : ce n’est pas tant l’activité qui importe que l’état d’esprit qu’amène le geste simple et méthodique. Une sorte de stimulation mentale, mais très différente de celle que je ressens au bureau. C’est comme l’inconscient qui surgit, mine de rien, pour mettre de l’ordre à sa manière, en embrassant pêle-mêle tous les angles d’un projet, d’un problème, d’une situation.

Cet état mental trouvé à la faveur des tâches ennuyantes était, j’en suis sûre, fort utile à celle qu’on appelait autrefois la reine du foyer. Sûre. Entretenir une maison et voir aux nombreux besoins d’une famille, ce n’est pas si simple. Il faut souvent prendre du recul pour faire le point, planifier, régler beaucoup de petits problèmes – parfois aussi des gros –, trouver à désamorcer les frustrations des uns et des autres. Dans le fond, un ménage, c’est comme une petite entreprise. Pour avoir du succès, il faut un sens aigu de la planification, de l’organisation, du leadership, de la gestion des ressources, et cetera. Or, l’archétype de la ménagère regorge d’illustrations prouvant les compétences féminines en ces domaines. Prenons seulement la préparation des repas, par exemple. Avec une ribambelle de petits sous les bras et un garde-manger plutôt restreint, la ménagère savait toujours apprêter les ressources du moment pour remplir équitablement toutes les assiettes. Et encore, s’il se pointait un visiteur à l’impromptu, on pouvait l’accueillir chaleureusement à la table familiale. Quel talent!

Voilà. Il me reste les casseroles à récurer. Ça me plonge dans un autre registre. Qu’est-ce que je disais? Ah, oui! Les compétences féminines. Très utiles aussi en entreprise. Mais où diable sont les femmes, dans nos coopératives? Seulement 11 % des élus sont des femmes, chez nous. Reconnaissons pourtant que les défis se ressemblent beaucoup, de la maison à la coopérative. Avec nos centaines de membres, il faut nous aussi utiliser judicieusement les ressources, redistribuer équitablement les richesses et en conserver assez pour pouvoir accueillir les nouveaux membres et la relève. Presque pareil. Je vous le dis : les compétences féminines sont facilement transférables dans l’entreprise coopérative. On serait fous de s’en priver.

Bon. Les ustensiles maintenant. En tous cas, la relève agricole a de la fougue. Ceux qui étaient à la demi-journée de réflexion ont pu entendre la jeune Julie Gagnon citer cette étude parue dans La Presse du 24 janvier 2004 et qui titre : « Plus il y a de femmes, plus il y a de profits. » Il s’agit d’une étude portant sur 353 entreprises parmi les 500 plus grandes listées dans le magazine Fortune entre 1996 et 2000. Ce n’est pas rien! Alors, n’a-t-on pas raison d’espérer plus de femmes au sein de nos conseils d’administration? Avis aux intéressées : à La Coop fédérée, nous avons adopté un plan visant à faire passer de 11 à 20 % la présence féminine chez les élus du réseau, d’ici 2008. Osez donc, Mesdames.

Et hop, le dernier couteau. Vous voyez, c’est comme ça que j’écris mes chroniques. Désolée, Betty. Le lave-vaisselle, ce n’est pas pour moi. Le travail manuel, j’en ai besoin. Et de quoi aurais-je l’air, à frotter mon écran d’ordinateur toute la journée?
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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