Missionnaire d’occasion
juillet-août 2006
Je rêvais de vivre une expérience de coopération internationale. Je voulais rencontrer des paysans du Sud, j’étais curieuse de leur environnement et de leurs façons de faire. Or voilà qu’en avril dernier, la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) me sollicite pour dispenser deux ateliers de formation sur la gouvernance à des producteurs de café et de cacao, à Tingo Maria et à San Juan del Oro, au Pérou. Le gros lot! Je prépare ma présentation et quelques exercices, je rassemble des documents qui m’apparaissent pertinents et je pars à l’aventure.

De Lima, la capitale, il faut onze heures de route pour se rendre à la coopérative de Tingo Maria. On doit traverser les Andes jusqu’à 4800 mètres d’altitude puis redescendre vers la jungle. À partir de 3000 mètres, je dois composer avec le sorroche, le mal de l’altitude. J’ai le souffle court. J’ai mal au cœur. Il fait froid et le sol est aride. Quelques poignées de paysans à la peau cuirassée vivent en ces hauteurs, parmi les alpagas, arrachant à flanc de montagne de maigres récoltes de pommes de terre. Et puis il y a ces montagnes. Majestueuses montagnes. Des vertes, des brunes, des rouges, des grises, des blanches. Aussi belle qu’impitoyable, la nature règne en maître là-haut. Je lutte contre les malaises du sorroche en essayant de ne rien manquer de ces paysages fabuleux qui défilent sous mes yeux. Ça prend toute mon énergie. Je m’enferme dans ma bulle. Fichez-moi la paix! L’altitude me rend sauvage. Désolée.

Quelques heures plus tard, sur l’autre versant des Andes, on amorce la descente et la vie renaît. Les villages deviennent plus peuplés et plus animés, la végétation gagne du terrain. On respire mieux. Je recouvre la parole. C’est bientôt la jungle. L’Amazonie. Dense, humide, bruyante de vie. Les producteurs que je rencontre à Tingo Maria s’adonnent au café lorsque leur parcelle est à plus de 800 mètres d’altitude ou au cacao, à moins de 800 mètres. Leur coopérative s’est dotée de certifications internationales, dont la production biologique et le commerce équitable, afin de bonifier les revenus aux producteurs. Manifestement, cela fonctionne. La coopérative a développé de bons marchés d’exportation et elle poursuit son expansion.

De retour à Lima, nous amorçons la deuxième partie de notre mission. Il faut d’abord prendre l’avion jusqu’à Juliaca, aux abords du lac Titicaca. Nous voilà encore en haute altitude, à 4000 mètres. Et cette fois, il faut y passer la nuit. Blanche, ma nuit. Le lendemain, nous prenons la route pour San Juan del Oro. Je crois rêver. Je suis Kathleen Turner dans Romancing the Stone. Le chemin est à peine carrossable. La boue, les roches, l’eau, les autres véhicules rencontrés, tout prend la forme d’une incroyable course à obstacles. Je suis dépassée par les événements. Il nous faudra treize heures pour franchir les 309 kilomètres qui nous amènent à San Juan del Oro. C’est pour vous dire : quand on se plaint de nos routes, au Québec, on ne sait pas de quoi on parle.

Nous sommes hébergés dans les locaux de la coopérative. Pas d’électricité avant 10 heures le matin ni après 10 heures le soir. Pas d’eau chaude non plus. Vraiment, l’expédition a de quoi assouvir ma quête d’aventure. Comme je ne suis que de passage, j’anticipe déjà le plaisir de raconter toutes mes péripéties, photos à l’appui! Mais ce qui restera pour moi un épisode exaltant est, faut-il le rappeler, l’implacable quotidien de nos hôtes. On nous explique que certains producteurs doivent même parcourir des kilomètres, leur cargaison de café sur le dos, pour venir livrer à la coopérative, car il n’y a pas de route menant à leur terre. Ils ont déjà livré à dos de mule, mais les acheteurs se sont plaints. « On ne veut pas d’un café qui sent la mule! » leur a-t-on fait savoir. Incroyable. Pourtant, le café produit dans les environs de San Juan del Oro est un café d’altitude, d’excellente qualité, me précise-t-on.

De retour au pays, je tire mes conclusions. Pour les denrées qu’on ne peut produire localement, il vaut la peine d’encourager le commerce équitable afin que les paysans, au loin, reçoivent leur juste part. Ils en ont grand besoin. Autre chose à savoir : les coopérants en poste dans les pays en voie de développement, quoiqu’on s’imagine parfois, ne se la coulent pas douce. Je leur lève mon chapeau. Et mon verre de pisco. Salud!
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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