Vive la différence
Novembre 2006
Ceux qui voyagent beaucoup le diront : il n’y a rien qui ressemble plus à une grande ville qu’une autre grande ville. Les gratte-ciel des centres-villes ont supplanté, à Tokyo comme à Shanghai, les édifices patrimoniaux qui révélaient si bien les différences culturelles. Le célèbre Big Mac demeure implacablement le même, à Moscou comme à Dakar. Les objets d’artisanat local, autrefois uniques et authentiques, sont désormais copiés en série et vendus à peu près partout… parfois même au magasin du dollar le plus près de chez vous. C’est l’âge d’or des communications et voilà qu’un petit effet pervers commence à se pointer : en étant tous branchés les uns aux autres, nous sommes littéralement entraînés dans une désolante standardisation du monde. Tout tend à devenir pareil.

Heureusement, il y a de la résistance. L’homme a toujours cherché à se différencier et, de plus en plus, il tend à le faire par ses choix de consommation. On ne s’en étonnera guère : à force d’enlever des épices par ci et des couleurs par là, à force de vouloir plaire au plus grand nombre, on se retrouve avec un produit fini sans saveur, sans odeur… et tristement banal. Rien pour se démarquer. Aujourd’hui, le consommateur est à la recherche de quelque chose de différent, d’un produit typique, d’un art de vivre authentique ou, simplement, d’un sens à son choix de consommation. Il retire une fierté à s’associer au produit dont il fait siennes les valeurs distinctives. Il y a donc de belles occasions d’affaires pour les entreprises qui sont prêtes à offrir une expérience de consommation différente.

Comment, en pareille époque, les coopératives peuvent-elles tirer leur épingle du jeu? Simple : en misant à fond sur notre nature distinctive. Il semble en effet y avoir une conjoncture parfaite pour mettre en valeur ce qui fait notre différence. Les particularités coopératives, trop souvent perçues comme des contraintes, revêtent aujourd’hui un attrait incomparable sur le plan de la relation avec le consommateur. Considérons par exemple l’enracinement de la coopérative dans son milieu. S’il est vrai que cela prive l’entreprise d’une mobilité dont jouissent ses concurrents, reconnaissons que cela lui procure en revanche un contact intime et privilégié avec le consommateur. La coopérative est donc en mesure de mieux connaître son besoin et de lui proposer ce qu’il recherche. La mission sociale de la coopérative, pour prendre un autre exemple, est aussi un avantage distinctif. Certes, cela rend plus complexe la gestion de l’entreprise, mais quelle belle occasion de proposer au consommateur un sens à son acte d’achat.

Par ailleurs, si l’humain est vraiment au coeur des préoccupations de la coopérative, il semble tout naturel de faire appel aux membres, aux employés et aux autres partenaires afin de puiser toute la créativité et l’imagination qui rendent possible l’innovation au sein de l’entreprise. Or, s’il est un critère de réussite désormais acclamé dans le milieu des affaires, c’est bien l’innovation. Et l’innovation, faut-il le rappeler, ce n’est pas que le développement de nouveaux produits. En réalité, l’innovation se décline de plusieurs façons. On peut innover en garantissant un mode de production, en offrant un service particulier, en s’associant à une cause ou même en renouant avec d’anciennes pratiques pour valoriser un produit. Ne voit-on pas déjà l’étiquette « à l’ancienne » s’imposer comme marque de distinction?

On peut aussi innover en offrant un lieu de rencontre privilégié dans la communauté. Nos coopératives, bien ancrées dans les régions, possèdent déjà l’infrastructure nécessaire à une telle mission. Pourquoi ne deviendraient-elles pas ce lieu de partage et d’échange, offrant des possibilités de réseautage et de réponse identitaire aux gens d’un même voisinage? Pourquoi ne seraient-elles pas cette place publique, conviviale et chaleureuse, cet espace commun qu’offraient autrefois les perrons d’église?

Autant de belles occasions à saisir pour les entreprises qui cherchent à se démarquer. Et nos coopératives sont, je persiste à le croire, parfaitement équipées pour offrir une expérience différente. Elles ont ce qu’il faut pour mettre en valeur un patrimoine et devenir une vitrine pour les communautés, les régions, les pays. Cessons de voir nos différences comme des boulets à nos pieds. Au contraire, nos différences nous offrent des ailes pour faire connaître à la face du monde toute la richesse du capital humain. Et que vive la différence!
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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