OGM : Le test de la banane
Janvier 2007
En France, le débat sur les OGM fait rage. L’adoption par le Sénat, au printemps dernier, d’un projet de loi visant à encadrer la culture des OGM a ravivé les ardeurs des différents lobbies. D’un côté, l’industrie représentée principalement par les semenciers et, de l’autre, les citoyens représentés par le flamboyant José Bové et autres défenseurs de « bonnes causes ». Si les premiers ont beaucoup à gagner, les derniers n’ont rien à perdre.

Ceux qui militent contre les OGM le font en vertu du principe de précaution. Principe inscrit, soit dit en passant, dans la Constitution française. Puisque les scientifiques refusent de garantir que les OGM ne représentent pas de risques graves pour la santé, on ne devrait pas les commercialiser. D’ailleurs, les sociétés françaises d’assurance refusent d’assurer les agriculteurs pour leurs cultures d’OGM, ne pouvant prévoir les risques et les éventuelles indemnisations à verser. D’où le projet de loi controversé visant à créer un fonds d’indemnisation.

Dans un autre registre, ceux qui font pression pour rendre les OGM disponibles allèguent que rien ne donne à croire que les OGM présentent quelque danger que ce soit et ce, après plusieurs études scientifiques. Pourquoi alors s’en priver? Si on attendait toujours d’être sûr à 100 %, on raterait de belles occasions. Est-il besoin de rappeler que la médecine moderne a évolué à tâtons, avec d’audacieuses expérimentations qui ont parfois échoué, mais souvent permis de formidables avancées dans le domaine de la santé.

Deux systèmes de pensée qui s’affrontent, deux raisonnements qui s’appuient sur une logique implacable. Comment faire la part des choses? Pour éclairer le débat de société qui s’annonce, le cas de la banane-OGM sera particulièrement intéressant à suivre. Je vous résume les faits. En 2003, la revue
britannique New Scientist prédit l’imminente disparition de la banane. On constate que la maladie de Panama, qui attaque les racines des bananiers, a déjà atteint l’Asie, l’Afrique du Sud et l’Australie et elle menace d’anéantir les grandes plantations d’Amérique latine et des Caraïbes. C’est la consternation au sein de l’industrie. Il faut combattre l’ennemi. Impossible cependant de penser aux croisements génétiques pour incorporer une résistance : la banane que l’on aime tant n’a pas de graines, elle est donc stérile. Il reste une solution, c’est de forcer un gène de résistance en créant la banane-OGM. Les Brésiliens y planchent déjà.

Bon. On se calme. La terrible menace qui pèse sur la banane est bien relative. En effet, la maladie de Panama ne s’attaque qu’à la variété Cavendish, celle que l’on connaît sur les marchés européens et nord-américains et qui est principalement sous le contrôle des grandes multinationales. Elle ne touche pas les espèces locales qui constituent un apport alimentaire important dans les pays en développement et qui représentent, en bout de compte, 90 % de la production bananière mondiale. On est loin de la disparition de la banane!

Néanmoins, l’affaire fournira un bon test de marché sur la question des OGM. Un sondage BVA, en France, révélait récemment que 78 % des Français étaient contre les OGM. Facile à dire. Nous les regarderons aller. Il semble que, dans un avenir pas trop lointain, ils auront le choix entre la banane qu’ils aiment tant mais qui sera devenue une banane OGM, et d’autres bananes qui n’auront pas la même couleur, la même texture ni le même goût que la Cavendish… mais des bananes qui seront restées « naturelles ». Le consommateur français saura-t-il faire un choix à la hauteur de ses principes? En fait, la question se posera à chacun de nous, tôt ou tard. On a beau dire qu’on est pour ou qu’on est contre les OGM, ce sont encore nos choix de consommation qui scelleront le débat. Évidemment, pour que le test soit concluant et que nos achats tiennent lieu de verdict, un étiquetage clair et complet, exigé de tous les commerçants, n’est plus une option.

Un petit clin d’œil en terminant. Pour rendre la Cavendish résistante à la maladie de Panama, on songe à récupérer le gène de résistance dans les espèces de bananes locales. C’est donc dire que les grandes compagnies seront redevables aux petits fermiers qui, par la biodiversité qu’ils entretiennent, assurent la conservation du patrimoine génétique. Auront-ils droit à quelque compensation, à ce titre?
 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
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