Je prends soin de notre eau
Février 2007
A l’occasion du dernier congrès de l’UPA, les ministres Vallières et Béchard ont annoncé la fin des chicanes entre l’agriculture et l’environnement. À la bonne heure! Pendant que le monde entier s’émeut de la fulgurante détérioration des milieux, il est sage d’arrimer les préoccupations et intérêts des uns et des autres, afin de trouver des façons de faire mieux et, si possible, de faire ensemble. Car le Québec a beaucoup à protéger.

Prenons l’eau, par exemple. On se trouve bien chanceux de vivre ici, dans la belle province. L’eau est une de nos grandes richesses, dit-on souvent. En ville, on lave abondamment son entrée d’asphalte tant l’eau coule à flot. On se sent bien à l’abri des pénuries, ici. Mais attention, les Walkerton et algues bleues ne sont pas le fait de lointains pays. Selon la plus récente compilation réalisée par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, 78 lacs du Québec ont été touchés par les cyanobactéries l’été dernier. C’est une augmentation de plus de 40 % en comparaison de l’année précédente. Mais pour une fois, ce n’est pas que l’agriculture qu’on blâme. Apparemment, les riverains auraient aussi une large part de responsabilité, eux qui ont déboisé pour jouir d’une plus belle vue sur le lac et dont les installations septiques laissent souvent à désirer. Bref, nous sommes tous dans le même bateau, aussi bien ramer ensemble.

L’approvisionnement en eau de qualité est désormais un enjeu planétaire et une gestion intelligente de cette précieuse ressource s’impose, ici comme ailleurs. Dans un récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), une phrase a retenu mon attention. On disait : « Les agriculteurs ne paient pas toujours pour les dommages qu’ils causent à l’environnement… » Bon, que je me suis dit, on va encore leur tomber sur le dos. Erreur. On poursuivait en disant : « … ou ne sont pas rémunérés pour les avantages environnementaux qu’ils génèrent. » Tiens, tiens. Voilà qu’on confirme, dans cette petite phrase toute simple, le rôle indispensable que joue déjà l’agriculteur dans l’entretien du territoire. Un rôle qui est appelé, j’imagine, à se développer encore bien davantage, si le monde agricole décide de saisir l’occasion d’affaires qui se présente.

La dégradation inquiétante de l’environnement ouvre de nouveaux domaines d’activité et invite à un éclatement du rôle de l’agriculture dans nos sociétés. En plus de nourrir la planète, l’agriculture pourra aussi voir à l’entretien du paysage, la préservation de la biodiversité, la qualité de l’eau, la
conversion des déchets en énergie verte… On aura besoin des agriculteurs pour tous ces nouveaux services, car ce sont eux les mieux placés pour agir. S’ils sont prêts à jouer ce rôle, les agriculteurs pourraient devenir de véritables fiduciaires de l’environnement. Mais, évidemment, ils devront être payés à ce titre.

Plusieurs pays d’Amérique latine ont mis en place des systèmes de rémunération des agriculteurs contre services environnementaux fournis à la communauté. On compte aussi quelques expériences aux États-Unis, notamment dans l’état de New York. Du côté européen, les propositions relatives à la Politique agricole commune évoquent clairement un nouveau pacte où, explique-t-on, la société doit accepter de rémunérer des services environnementaux essentiels. Il faudra s’inspirer de tout cela. Le paiement des agriculteurs pour ce type de service faciliterait d’autant l’adaptation de l’agriculture aux normes environnementales qui seront, forcément, de plus en plus sévères. Voilà une situation où tout le monde serait gagnant.

Les agriculteurs peuvent devenir de précieux partenaires dans le développement durable des communautés. Après le slogan « Je prends soin de ma terre », pourquoi pas « Je prends soin de notre eau »? Chacun doit faire sa part. Quant à moi, c’est décidé. L’été prochain, j’aurai un baril au pied de quelques gouttières. Du côté nord de la maison. J’aurai ainsi de l’eau fraîche, à portée de main, pour arroser mon compost, mon potager et les quelques fleurs qui survivent à ma négligence. Ça sera mon effort pour économiser l’eau de notre aqueduc, traitée à grands frais. Quoi d’autre? Je n’ai pas d’entrée d’asphalte, ni de piscine. Ah oui : installer des réducteurs de débit sur mes robinets. Ça, je peux le faire. Mais pour le reste, ça prendra des professionnels. Une autre noble tâche pour nos agriculteurs.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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