Futur simple, première personne du pluriel
Mars 2007
L'importance de la coopération agricole, en France, n’est plus à démontrer. Neuf exploitations agricoles sur dix, là-bas, adhèrent à une coopérative. Ici, au Québec, cette proportion n’atteint que six sur dix. C’est donc à la faveur d’une forte tradition coopérative que la communauté agricole française a su exploiter diverses facettes du regroupement et bénéficier de ses nombreux avantages.

Ainsi, quand nous avons fondé, au début des années 90, nos premières coopératives d’utilisation de matériel agricole (cuma), c’est de la France qu’on s’était inspiré. Nous ne sommes pas peu fiers, aujourd’hui, de nos 70 cumas qui permettent à quelque 2000 agriculteurs québécois d’abaisser substantiellement leurs coûts d’exploitation. Or, cette forme de regroupement visant à partager l’achat et l’utilisation de matériel agricole existe en France depuis une cinquantaine d’années et on y dénombre aujourd’hui près de 14 000 coopératives de ce type. La formule s’y décline d’ailleurs de multiples façons, le terme « matériel agricole » dépassant largement son domaine d’application initial, la machinerie, pour désigner tout autre équipement utile à l’exploitation, tel un atelier de transformation des produits agricoles comme une petite fromagerie. Récemment, j’entendais même parler de « cuma intégrale », une cuma où on mutualise tout : matériel, main d’oeuvre et terres. Comme quoi, l’essayer, c’est y prendre goût!

Les Français ont aussi développé les groupements agricoles d’exploitation en commun (GAEC), qui sont des sociétés d’exploitation permettant de regrouper les terres de plusieurs agriculteurs afin de rationaliser leur travail et rentabiliser leurs investissements. Il y a aussi les groupements fonciers agricoles (GFA), qui sont des sociétés de propriétaires dont l’objectif est d’attirer vers l’agriculture des capitaux extérieurs pour l’achat de terres. Et d’autres formules existent encore, je n’en ferai pas la liste complète. Disons simplement que les Français font preuve d’imagination quand il s’agit de trouver des façons de travailler ensemble.

L’an dernier, le gouvernement français ajoutait un nouvel outil dans la gamme offerte aux agriculteurs : la société civile laitière (SCL). Par cette nouvelle formule, des producteurs de lait peuvent maintenant mutualiser leur production. Pour Dominique Martin du magazine Horizon (no 26, avril 2006), le décret sur la SCL, c’est « un verrou qui vient de sauter, une véritable lame de fond qui bouleverse le paysage agricole ». En effet, jusqu’à maintenant, le secteur laitier français accusait un peu de retard, peinant à profiter des différentes formes de mise en commun, vu la rigidité de la réglementation sur les quotas. Avec le nouveau décret, on peut désormais obtenir une autorisation préfectorale pour transférer globalement le quota des producteurs à une SCL et ce, sans prélèvement.

La formule a l’heur de plaire, particulièrement à la relève agricole. « Avec la SCL, explique un jeune producteur, nous n’aurons plus qu’un seul troupeau et un seul tank. Les commandes d’aliments seront groupées. Cela simplifiera énormément le travail. » Car en bout de ligne, ce que les jeunes producteurs laitiers désirent, c’est que ça leur coûte moins cher, qu’ils soient mieux organisés, plus forts, qu’ils aient davantage de temps libre et qu’ils se sentent plus sûrs de leur avenir. Or, la mise en commun est un moyen qui leur paraît tout naturel. Évidemment, cela ne s’improvise pas. Il faut apprendre à se connaître, il faut prendre le temps de discuter. Et surtout, il faut être capable de dire « nous » à la place de « je ». Un défi que les jeunes Français semblent prêts à relever.

Se pourrait-il que les jeunes démontrent plus de facilité que leurs aînés à travailler ensemble? Possiblement. Après tout, ils n’ont pas de vieilles habitudes longuement ancrées dans leur quotidien. Et puis, ils reconnaissent que l’entraide demeure une valeur sûre pour améliorer leur qualité de vie et gagner en compétitivité. Tout compte fait, il se pourrait bien que leur futur soit plus simple… s’il se conjugue à la première personne du pluriel.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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