Le trombone rouge
Novembre 2007
L'été dernier, les journaux ont rapporté l’expérience invraisemblable d’un jeune Montréalais, Kyle MacDonald, qui possédait un petit trombone rouge. Un simple petit trombone, oui.

Pas l’instrument de musique, mais la petite agrafe qu’on utilise pour retenir des feuilles ensemble. Un minuscule trombone de rien du tout. MacDonald, donc, décide d’offrir son trombone sur Internet, en échange d’un autre objet plus coûteux. Drôle de proposition, vous en conviendrez! Cela fonctionne pourtant : il reçoit un crayon en forme de poisson en échange. Il offre à nouveau ce crayon contre un objet plus coûteux… et obtient une poignée de porte.

Il échange sa poignée de porte contre un réchaud de camping. Les médias s’emballent : jusqu’où cela ira-t-il? Et bien voilà, après un an d’échanges d’objets divers, MacDonald reçoit une maison à Kypling, en Saskatchewan. Oui, incroyable mais vrai, son minuscule trombone lui aura finalement rapporté une maison.

Futé, le jeune homme? Certainement. Mais d’après moi, il n’a jamais suivi de cours d’économie ou alors, il possède une surprenante capacité à faire table rase des idées et principes généralement reconnus. Car cette expérience, bien qu’amusante, va à l’encontre de la très classique théorie suggérant que chaque partenaire, dans une transaction, est guidé par le désir de maximiser son profit personnel. Sur cette base, qui d’entre nous aurait osé offrir un trombone dans l’espoir d’obtenir une maison? Et pourtant, l’expérience de MacDonald prouve que la décision de conclure une affaire est beaucoup plus complexe qu’une simple recherche de profit.

Eh oui, l’économie fait partie des sciences humaines… c’est tout dire! L’histoire du trombone rouge nous ramène aux motivations profondes qui conditionnent nos transactions. Que cela nous plaise ou non, il faut admettre qu’en ce domaine, rien n’est assuré. Les transactions qui se réalisent autour de nous ne sauraient répondre à des formules strictes et précises. Elles sont souvent basées sur l’intangible : la confiance, l’humeur, l’orgueil et une pléthore d’autres états d’âme qu’on ne peut ni nommer ni chiffrer. Ils viennent cependant ajuster à la hausse ou à la baisse la valeur d’une proposition d’affaires.

Si je vous parle de tout cela, c’est que l’histoire du gars au trombone me rappelle un enseignement que j’ai reçu il y a quelques années dans le cadre du programme Economics and Management of Co-operative Entreprises. L’économiste Stefano Zamagni nous expliquait pourquoi, au-delà des considérations financières, certaines entreprises, simplement par leur façon d’être, semblent satisfaire davantage leur clientèle et mieux résister aux épreuves du temps. Parmi ses exemples, les coopératives. Zamagni prétendait en effet qu’en étant la propriété de ses membres et centrée sur la satisfaction de leurs besoins, la coopérative dote naturellement sa stratégie d’affaires d’une forte composante relationnelle – laquelle plaît, évidemment. La reconnaissance, l’écoute, le partage qu’on retrouve dans une coopérative, tout comme ses retombées dans le milieu, sont autant de bénéfices qui dotent la transaction d’une précieuse valeur ajoutée. Bien qu’abstraite et qualitative, cette valeur ajoutée se ressent et se traduit par un attachement, une fidélité, un sentiment d’appartenance à la coopérative. C’est tout cela qui vient s’ajouter en bonus à l’offre coopérative.

Dans l’expérience du gars au trombone, on peut imaginer que les gens ont accepté un échange inégalitaire pour le plaisir, la curiosité, la sympathie ou peut-être même la vanité de faire partie de l’histoire – allez savoir ce qui se passe dans les dédales de l’inconscient... Mais dans notre histoire à nous, du monde coopératif, il est clair que la prime sociale qui accompagne nos produits et services et qui rend les échanges plus conviviaux bonifie une offre commerciale déjà compétitive. Nos membres et clients le savent bien. N’oublions jamais que derrière chaque transaction, il y a des gens. Des gens qui font des choix, qui agissent selon leurs valeurs, qui connaissent leurs priorités. C’est ainsi que le monde est fait. Heureusement.


 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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