La force tranquille d’un grand réseau
Décembre 2007
Aux États-Unis, les soirées entre amis, les dîners en famille, les réunions associatives sont en déclin et cela compromet l’efficacité économique du pays. Voilà l’une des surprenantes observations que rapporte Robert Putnam, politologue américain et auteur d’un ouvrage intitulé Bowling Alone : America’s Declining Social Capital. Ce livre, portant sur le capital social, a eu un tel succès que depuis sa publication, en 1995, des organisations telles la Banque mondiale et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’en sont inspirées pour mieux intégrer dans leurs travaux les dimensions sociales du développement.

Dans nos coopératives, le capital social évoque les parts qu’un individu souscrit pour devenir membre. Oubliez cela pour un instant. Pour les sociologues, le capital social est l’ensemble des relations sociales dont dispose un individu. Son réseau, quoi. D’après Putnam, le capital social d’une collectivité constitue un bien public qui peut augmenter sensiblement son efficacité. Autrement dit, plus les relations entre les gens sont fortes, plus le tissu social est solide, plus leur collectivité sera efficace. En effet, lorsque l’individu socialise et construit des réseaux, il enrichit son environnement d’actifs intangibles : la participation, la confiance, la réciprocité et la tolérance. Or, ces valeurs humaines diminuent le coût des transactions au sein de la collectivité. Prenons simplement, par exemple, la confiance. Si j’ai un projet avec quelqu’un en qui j’ai confiance, je n’exigerai pas autant de formalités, d’avis d’avocats, de garanties, de recherche sur mon futur partenaire, etc. Le projet pourra donc être réalisé plus rapidement et à moindre coût. C’est ce qui fait dire à Putnam que le capital social permet à une société de fonctionner plus efficacement.

Matière à réflexion. Dans la même veine, l’économiste américain Francis Fukuyama remarque que « les économies émergentes d’Asie doivent leur succès à des formes de capital social souvent tenues pour insignifiantes, comme la confiance, le sens de l’appartenance et l’intégration sociale ». Et lorsqu’il observe les États-Unis et le Royaume-Uni, il prédit que leur propension vers l’individualisme va bientôt miner leurs économies. Oh, oh… Attention, nous ne sommes pas à l’abri de cette tendance individualiste.

Il est bon de constater que le gouvernement québécois, dans sa stratégie de développement durable, promeut la participation à la vie collective, à l’action communautaire et à la vie démocratique. L’action communautaire, indique le mémoire du gouvernement, « vise ultimement le développement social et s’incarne dans des organismes qui s’efforcent d’améliorer le tissu social et les conditions de vie... ». Très juste. Faut-il le rappeler et le proclamer haut et fort : nos coopératives sont au nombre de ces organismes qui contribuent fortement au capital social québécois.

Dans notre réseau, avec le grand chantier Chrysalide qui appelle à une vaste réorganisation, le capital social sera fortement sollicité. Partout. Les lieux de participation et de contrôle seront gardés intacts, là où ils importent, c’est-à-dire près des membres agriculteurs qui constituent la base de notre réseau. C’est le principe de subsidiarité, prescrit dans toute démarche de développement durable. Mais aussi, avec Chrysalide, des deuils de structure devront être assumés. Il faudra alors se rappeler que ce sont les gens, bien plus que les structures, qui font la différence. Oui, les gens. Nos gens. Notre capital social. Lequel devra libérer tout ce qu’il recèle de solidarité et d’entraide pour réaliser ce grand projet. Heureusement, notre réseau développe son capital social depuis près d’un siècle – on devrait en avoir accumulé suffisamment, non? Et puis la beauté, avec ce type de capital, c’est que… plus on l’utilise, plus il se multiplie! Sachons donc nous montrer généreux.


 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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