Leçons africaines
Janvier 2008
Quand j’étais enfant, l’Afrique était une terre lointaine et mystérieuse. Je ne la connaissais qu’à travers l’expérience d’une bonne sœur qui se trouvait missionnaire au Cameroun. Elle venait à notre école une fois l’an, pour nous présenter son étrange pays d’adoption à l’aide de quelques diapositives. Nous nous réconfortions alors en remerciant le bon Dieu d’être nés au Canada.

L’Afrique est aujourd’hui à nos portes. Quelques vaccins et un passeport en règle, on peut y débarquer pour quelques jours seulement, le temps d’y faire ses affaires et puis on s’en revient, sans autre inconvénient. J’ai donc eu l’occasion de réaliser une première mission en sol africain avec SOCODEVI, en novembre dernier. Avant de partir, pour mieux comprendre le contexte, j’ai consacré quelques soirées à la lecture du livre de Robert Calderisi, L’Afrique peut-elle s’en sortir?
Homme de terrain, Calderisi a travaillé pour l’Agence canadienne de développement internationale (ACDI), au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et puis finalement à la Banque mondiale.

J’ai beaucoup appris en lisant ce livre. Mais j’ai surtout découvert des parallèles inquiétants entre les problèmes africains et les défis que rencontre aujourd’hui notre agriculture.

Dans le tableau qu’il brosse de l’Afrique postcoloniale, Calderisi rappelle qu’au moment où ils ont acquis leur indépendance, plusieurs pays africains n’avaient pas toutes les ressources requises pour bien se prendre en main. L’agriculture, fait-il remarquer, n’avait pas été développée de manière harmonieuse, l’accent ayant été mis sur les produits d’exportation plutôt que sur la production d’aliments destinés au peuple. En lisant cela, j’ai tout de suite pensé aux démarches énergiques qu’entreprennent nos agriculteurs, ces temps-ci, pour promouvoir la souveraineté alimentaire, chez nous. Certes, me suis-je dit, voilà un combat important.

Un peu plus loin dans son livre, Calderisi raconte l’anecdote d’un touriste qui achetait des noix dans une boutique de village, en Sierra Leone : « Le village était entouré d’arbres à noix, mais les seules noix à vendre étaient en boîtes importées d’Angleterre… » Je me suis alors rappelé les propos de John Saul, lors d’une récente conférence. Pendant un séjour en Alberta, il avait fait la connaissance d’une productrice d’agneau. Mais à sa grande déception, il n’avait pas pu se procurer et goûter cet agneau local, car il était destiné au marché des États-Unis. Seul l’agneau de la Nouvelle-Zélande était offert dans les commerces de l’endroit… Des histoires comme ça, on en entend aussi chez nous, au Québec. De plus en plus souvent, il me semble. Et contre toute logique, on en conviendra.

S’appliquant à ramener les problèmes de l’Afrique dans leur perspective historique, Calderisi note enfin que les grands planificateurs africains ont considéré, après l’indépendance de leur pays, l’agriculture comme « un moyen archaïque de gagner sa vie, un héritage du colonialisme » plutôt que comme une richesse naturelle. Ils ont sous-estimé l’importance de leur agriculture, pressés qu’ils étaient d’emboîter le pas vers l’industrie et les services. Bon sang! Aurions-nous, ici encore, quelque leçon à tirer? Ne vivons-nous pas une désaffection notoire à l’égard de l’agriculture, comme en témoignent l’abandon massif de la profession par nombre d’agriculteurs et le manque criant de relève?

L’Afrique n’est pas si loin, je vous dis. Tâchons donc d’apprendre des problèmes des autres. Car bientôt, si on n’y prend garde, on sera tous pris au même piège. La souveraineté alimentaire, celle qui reconnaît la valeur de l’agriculture, qui la protège et la considère comme du patrimoine national, ce n’est pas de la bouillie pour les chats. Va pour le commerce international et les devises qu’il rapporte, mais qu’il soit subordonné à la capacité de destiner, prioritairement, notre production agricole aux besoins alimentaires de notre monde, d’abord. On s’en trouvera tous mieux. L’Afrique comprise.


 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
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