Fourmis formidables
Mai-juin 2008
Eh, les fourmis! Elles n’ont pas fini d’étonner. Au temps où j’étais étudiante, j’aimais m’accroupir au ras des pissenlits pour observer le fonctionnement, réglé au quart de tour, des colonies de fourmis. Quelles organisations sophistiquées, quelle cohésion sociale chez ces petits insectes! Médusée, je me disais que la fourmilière devait être un animal en soi, un animal supérieur, dont les fourmis n’étaient en fait que des extensions, un peu comme les membres chez l’humain. Mais je me butais toujours à une grande question : où donc se situe le cerveau, le centre de coordination? Chaque fourmi semble autonome, il n’y a aucune supervision apparente et, pourtant, la fourmilière est un parfait exemple de cohérence.

Aujourd’hui, les éthologistes qui étudient le comportement des animaux confirment qu’il n’y a pas de centre de commandes chez les insectes sociaux. Il est plutôt question de coopération auto-organisée en réseau. En fait, même si chaque fourmi, pour prendre cet exemple, a un comportement des plus simple, elle contribue de façon importante et nécessaire à la résolution de problèmes complexes, telle la recherche du chemin le plus court entre la fourmilière et une source de nourriture. Et le processus est d’une édifiante efficacité. Le secret? C’est le mode d’organisation en réseau. Ce mode d’organisation permet une multitude d’interactions utiles tout en préservant la souplesse que procure l’autonomie de chaque partie. Il en résulte un équilibre d’ensemble et une grande pérennité de l’organisation.

À l’heure où le développement durable s’impose dans nos sociétés dites évoluées, je constate avec amusement qu’on se tourne de plus en plus vers la biologie et l’étude des systèmes vivants pour puiser, dans l’observation de cette nature qui nous entoure, des pistes de solution pour nos différents problèmes. Unilever, par exemple, a mis au point avec l’aide de la société Bios Group un modèle fondé sur le comportement des fourmis pour réduire le temps de production dans une de ses usines. Un groupe de Bruxelles a aussi utilisé une simulation informatique du comportement des fourmis pour développer un système de gestion optimale du transport. Par ailleurs, France Télécom et British Telecommunications utilisent, eux aussi, des systèmes développés à partir de l’observation des fourmis pour modifier le trafic des télécommunications lorsqu’il faut désengorger les lignes téléphoniques et optimiser la circulation.

Les fourmis sont mes préférées, mais les abeilles ne sont pas en reste. Leur modèle d’organisation en réseau est tout aussi révélateur. Saviez-vous que la colonie d’abeilles est un exemple dont on s’inspire pour améliorer la flexibilité du travail? En effet, on a observé que les abeilles les plus vieilles sont surtout butineuses, alors que les plus jeunes sont nourrices. Mais le système demeure souple : si la ruche manque de nourriture, les plus jeunes vont, elles aussi, butiner jusqu’à ce qu’on retrouve un équilibre désirable. C’est l’observation de ce phénomène qui a mené au développement d’une nouvelle technique de programmation des cabines de peinture dans une entreprise de construction automobile. Cette nouvelle programmation repose sur l’échange d’information entre les différentes parties plutôt que sur des commandes provenantd’un ordinateur central. Ici encore, le réseau s’avère beaucoup plus flexible, rapide et performant.

Si le réseau est à ce point efficace chez les insectes, il n’y a pas de raison qu’il ne soit aussi utile chez les humains. C’est d'ailleurs le mode d’organisation entrepreneuriale que le mouvement coopératif privilégie. Chaque coopérative est autonome, ce qui assure souplesse et flexibilité, et les multiples connexions intercoopératives permettent à chacune d’elles d’apporter sa propre contribution, utile et nécessaire, à la résolution des problèmes partagés. Voilà un mode d’organisation profitable, pas besoin de retourner au ras des pissenlits pour s’en convaincre.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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