Les marchés qu’on aime
Septembre 2008
Quand j’ai emménagé dans le Vieux-Dorion, il y a une douzaine d’années, je n’avais qu’à marcher deux coins de rue pour me rendre à une petite épicerie de quartier très bien garnie. J’y rencontrais les gens du voisinage. Le service était impeccable. Le boucher connaissait bien mes coupes de viande préférées et me les préparait consciencieusement, tout en s’enquérant de la santé de ma belle-mère. C’était fort sympathique.

La petite épicerie a fermé ses portes. Ne restent plus que les dépanneurs, dans le coin. En revanche, Vaudreuil, avec qui nous sommes fusionnés, accueille maintenant tous les Wal-Mart et compagnie sur un même emplacement commercial. Des magasins-entrepôts de l’alimentation y sont aussi. On y trouve de tout… et même plus! C’est le modèle de développement qu’on semble privilégier, ces années-ci : de grands centres commerciaux regroupés dans un paysage de béton déprimant. Mais est-ce vraiment la solution de l’avenir? Pas si sûr.

Dans le domaine alimentaire en tout cas, l’achat local regagne ses lettres de noblesse et c’est le plus souvent dans les petits marchés publics qu’on s’y adonne. Cet été, 65 de ces établissements étaient officiellement inscrits auprès de la jeune Association des marchés publics du Québec. Leur nombre a doublé en quatre ans. Et c’est sans compter les marchés fermiers, qui sont plus petits et, eux aussi, en grande vogue. La clientèle, dit-on, s’est rajeunie et se montre plus sensible à la valeur nutritive des aliments frais, à l’empreinte écologique plus légère et au plaisir de rencontrer ses voisins.

Quelques coopératives d’alimentation québécoises ont aussi choisi de répondre à cette recherche du bon et du bien dans l’acte de consommation. En Europe, le grand groupe coopératif Midcounties réserve des espaces en tablettes de choix dans ses magasins pour les articles locaux, tout comme pour des produits équitables. Car il y a des denrées qu’il faut bien importer, tels le sucre, le café, le thé, le chocolat. On en profite donc pour développer de nouvelles relations commerciales avec des coopératives qui assurent, là-bas, une redistribution équitable des excédents réalisés sur la vente de ces produits. Et, avis aux sceptiques, tant les ventes que le recrutement des membres chez Midcounties s’en trouvent améliorés!

Aux États-Unis, de nombreuses coopératives organisent la distribution des produits de leurs membres à l’aide de petits marchés d’alimentation. Dans les allées des magasins de la Coop Atlantique, dans l’Est canadien, le virage « distinction coopérative » se fait de plus en plus visible : de grands panneaux présentent les agriculteurs locaux afin que le consommateur puisse mettre un visage sur le produit qu’il achète. Sympathique. On est loin de l’atmosphère éteinte des magasins-entrepôts.

Toujours est-il que je m’ennuie de ma petite épicerie de quartier, où des têtes familières me rappelaient mes appartenances. J’ai participé, l’été dernier, au programme d’agriculture soutenue par la communauté. J’aime bien le principe, mais j’ai dû donner la moitié de mes paniers hebdomadaires parce que je n’étais pas disponible pour les ramasser au moment de la livraison. Je crois que mon horaire est trop compliqué pour cette formule. Aussi, pour goûter les saveurs des produits fraîchement cueillis – puisqu’il n’y a rien qui surpasse la carotte si délicieusement croquante qui sort directement de terre –, je m’en remets désormais à mon petit potager. C’est bon pour mon portefeuille et c’est bon pour l’environnement, étant donné que mes légumes ne voyagent pas et que mon potager ne reçoit que du fumier et du compost. C’est bon aussi pour mon équilibre mental, car jouer dans la terre est une véritable thérapie. Mais, vous savez, il n’y a rien de parfait : les oiseaux et les écureuils, eux, se fichent complètement de la santé de mes bien-aimés.i



 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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