Un sens à l’action
Octobre 2008
En vingt ans de métier, j’ai eu recours à toutes sortes de formules pour expliquer la nature de mon travail à des gens qui ne connaissent pas le mouvement coopératif. L’éducation coopérative et la vie associative ne sont pas des concepts très connus, hélas! Je me rappelle même, il y a une dizaine d’années, avoir simplement déclaré que je travaillais « pour la paix dans le monde »! C’était un raccourci plutôt facile, j’avoue, mais il donnait clairement le sens que je trouvais à mon travail. J’avais réellement le sentiment que s’il y avait plus de coopératives, il y aurait moins de conflits autour de nous, et que faire la promotion de l’économie coopérative, c’était finalement contribuer à la paix dans le monde.

J’y crois toujours. Et avec plus d’aplomb encore, car aujourd’hui, la thèse est documentée. Je viens de me procurer un recueil d’essais publiés l’an passé sous le thème « Les coopératives et la poursuite de la paix ». Des sommités de 16 différents pays y partagent leurs vues et expériences sur la contribution des coopératives au maintien de la paix. Un petit trésor de livre, raflé par bonheur à l’encan du dernier congrès des professionnels de l’éducation coopérative.

Il est intéressant de rappeler, sous l’éclairage du thème de la paix, que l’Alliance coopérative internationale (ACI) fondée en 1895 est la plus vieille ONG au monde et qu’elle a survécu aux deux guerres mondiales, tout en ayant des membres des deux côtés des parties en conflit. À bien y penser, on ne s’étonne pas : la coopération permet de créer et d’alimenter des relations sur la base de ce qui nous rassemble, sur nos valeurs et objectifs communs – et non sur des différences qu’on érige trop souvent en barrières.

Mais voyons quelques exemples de cette précieuse contribution des coopératives à la paix mondiale. Au cours des périodes révolutionnaires qui ont enflammé le Bénin et le Burkina Faso, on dit que les régions rurales ont pu préserver un minimum de cohésion et de stabilité sociale grâce à la présence des coopératives agricoles. Au Japon, pays durement éprouvé par la dernière guerre mondiale, les coopératives de consommation ont été d’assidues partenaires dans les campagnes internationales pour la paix et ont joué un rôle majeur dans la mobilisation de l’opinion publique lorsque se dressait, dans les années 70 et 80, la menace d’une guerre nucléaire. Par ailleurs, à la suite du récent conflit interethnique en Bosnie et en Serbie, on remarque que les coopératives d’habitation permettent de reconstruire les communautés divisées et de favoriser la reprise du dialogue entre eux.

En Irlande, on attribue aux coopératives financières un rôle très important dans le maintien de la paix, cette fois entre les opposants loyalistes et républicains. Et je termine avec ce dernier exemple, qu’il me faudra suivre de près tant il est intéressant : un partenariat d’affaires des deux côtés de la bande de Gaza, sous le nom de Co-operative Produce for Peace, vise la production et la mise en marché de produits agricoles, de même que l’amélioration de la qualité de vie et l’établissement d’un dialogue de paix, de citoyen à citoyen.

Oui, je le dirai de nouveau : parce que je suis une employée de coopérative agricole et que je suis aussi membre de coopératives d’autres secteurs, je travaille pour la paix dans le monde. Selon les données de l’ACI, nous sommes 100 millions d’employés de coopératives dans le monde et plus de 800 millions de membres coopérateurs. Pour une population mondiale de 6,7 milliards, j’estime que cela représente un important garde-fou contre les dérives guerrières de l’homme. Voilà qui donne encore plus de sens à mon engagement au sein de la coopération et me gratifie d’une motivation inébranlable.



 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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