Quand l'égalité ne suffit pas
Novembre 2008
Il arrive parfois qu’on se montre terriblement injuste en appliquant rigoureusement le principe d’égalité. Connaissez-vous l’histoire du professeur pour qui l’égalité était l’ultime crédo? Il se faisait un devoir de ne pas faire de différence entre les uns et les autres. « Dans ma classe, avait-il dit en entrevue alors qu’il postulait pour un emploi, je traite tous mes élèves également. Ce que je considère vraiment comme important et que je vérifie aux examens, je l’écris clairement au tableau. » Le professeur n’a pas été retenu, malgré son grand sens de l’égalité. Il n’avait pas tenu compte du fait que plusieurs élèves de la classe étaient aveugles.

Certes, l’égalité figure au nombre des valeurs coopératives. Et d’ailleurs, tout en amont, l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme établit que les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Fort bien. Mais une fois que nous nous sommes entendus sur ce principe de base, nous devons aller plus loin et faire preuve de discernement pour atteindre nos idéaux égalitaires. Voyons alors comment une autre valeur coopérative, toute en finesse, peut prendre le relais. Je parle de l’équité.

Quand, dans nos coopératives, on donne deux fois plus de ristournes à un membre qu’à un autre, ce n’est pas l’égalité qui prime, mais bien l’équité. On distribue à chacun en proportion de la valeur de ses achats. Tu contribues beaucoup au succès de notre coopérative, tu as de grosses ristournes. Tu n’y achètes rien, zéro ristourne. Ça, c’est l’équité. Quand, encore, on accorde des escomptes au membre qui achète de grands volumes de moulée, ce n’est pas l’égalité qui prime. Tu achètes de grands volumes, notre coopérative réalise des économies d’échelle grâce à toi, je te consens un escompte. Je suis équitable.

Par ailleurs, il arrive qu’on se montre équitable, non pas sur la base de calculs de profitabilité, mais par pure philanthropie. Par exemple, de nombreuses coopératives du réseau ont des politiques d’aide aux sinistrés. Si ton étable passe au feu, on va t’aider à la reconstruire en te faisant des prix avantageux auxquels les autres membres n’ont pas accès. C’est juste et équitable parce que tu en as besoin plus que les autres. Simple. Efficace.

Quand encore La Coop fédérée met en œuvre un plan d’action pour qu’il y ait plus de femmes dans la vie démocratique du réseau et qu’à cette fin, elle organise des rencontres, des colloques et autres activités à leur intention, c’est assurément un traitement privilégié. Mais il se justifie sur le plan de l’équité. D'ailleurs, au moment d’adopter sa politique en matière d’équité des genres, l’Alliance coopérative internationale écrivait : « Traiter de façon égale des personnes en situations inégales ne fera que perpétuer les inégalités. » Or, les femmes ne sont pas encore en situation d'égalité dans nos coopératives. Elles y sont sous-représentées, comptant pour à peine 12 % des élus du réseau. Pourtant, nos coopératives n'ont pas les moyens de se priver des femmes qui ont le talent, l'énergie et la passion pour servir le mouvement coopératif. Et la même logique s'applique à l'endroit des jeunes qui sont conviés à nos Forums jeunesse.

Il m’apparaît clair que l'équité est une valeur maîtresse, dans nos coopératives. Elle ajoute une touche d’humanité. Demandez à un ordinateur de traiter également, il fera le travail pour vous. Mais ne lui demandez jamais de traiter équitablement, car c'est une opération qu'il ne comprend pas. L'équité fait appel au bon jugement, à l'intelligence. Voilà pourquoi, dans nos coopératives, l’équité est une valeur incontournable qui, tel un tremplin, nous permet de progresser vers les idéaux de justice et d’égalité que nous soutenons.



 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



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