Une embellie coopérative
Décembre 2008

Au début du siècle dernier, la coopération était une bouée de sauvetage pour se défendre dans un espace marchand hostile. En agriculture par exemple, on était à la merci de vendeurs pas toujours consciencieux quant à la qualité des produits et pas toujours fiables non plus quant aux poids et mesures. Les acheteurs de bétail, malins, sillonnaient les rangs et raflaient pour une bouchée de pain les bêtes que l’on devait céder pour obtenir un peu de liquidités. Mettre sur pied une coopérative était alors d’un intérêt certain et immédiat.

Puis le marché s’est assaini, des règles furent imposées et de nombreuses entreprises privées se sont mises à offrir des services de très bonne qualité aux producteurs agricoles québécois. Promouvoir la coopération est alors devenu une affaire de principes, un acte de foi. On était un bon coopérateur par conviction. Les valeurs coopératives d’équité, d’entraide et de prise en charge collective résonnaient parfaitement au sein de la population québécoise qui prisait ce type d’organisation communautaire où, ensemble, on arrivait à créer et à se partager un peu de richesse.

Aujourd’hui, le contexte est tout autre. Nous sommes à l’ère de l’information. Tout est scruté à la loupe. Or voilà qu’on découvre, et souvent brutalement, les côtés pas si reluisants des grandes puissances qui régissent la planète. Pollution, détournement de fonds, surexploitation des ressources, manipulation de chiffres... Sus aux tricheurs qu’on démasque : différents groupes de pression s’assurent de faire circuler l’information. Dans la tourmente, l’entreprise coopérative apparaît soudainement comme un paisible refuge, un havre de stabilité. Sa feuille de route, très solide, se documente peu à peu. Désormais, loin d’être une exaltation de l’esprit, la ferveur coopérative prend l’allure d’un choix rationnel appuyé de faits.

Fait : les coopératives sont un instrument de paix mondiale. Documenté dans le livre Co-operatives and the Pursuit of Peace, produit par un collectif d’auteurs. Fait : les coopératives durent bien plus longtemps que les autres types d’entreprises. Documenté dans Taux de survie des coopératives au Québec, du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec. Fait : les coopératives sont des entreprises socialement responsables. Documenté de plus en plus dans les bilans sociaux qu’elles produisent. Fait : les coopératives sont administrées démocratiquement. Documenté dans les procès-verbaux de leurs assemblées. Fait : les coopératives génèrent une richesse qui est réelle. Du fait que leurs parts, nominatives et sans marché secondaire, ne sont pas exposées à la spéculation. Et la liste pourrait être longue, mais je m’arrêterai ici pour un dernier commentaire.

Quand la crise financière s’est brusquement abattue à la fin de l’été sur nos fonds de retraite, quand on a découvert qu’elle découlait d’une suite de comportements irrationnels motivés par la spéculation, la cupidité et le mépris envers les petits épargnants, nous avons tous grogné. Blessés droit au portefeuille, nous avons trouvé la pilule difficile à avaler. Mais savez-vous, en parcourant mes relevés d’investissements, j’ai eu une consolation. J’ai un peu d’argent dans le Régime d’investissement coopératif et ces fonds-là, eux, sont demeurés bien réels. En plus, ils profitent à mon employeur. Ah, que je me suis félicitée d’avoir investi à la bonne place!

Finalement, cette crise aura peut-être des bienfaits. Elle remettra les pendules à l’heure en poussant les gens à être réalistes, à exiger toujours plus de transparence et à surveiller de près les fiduciaires de nos économies. Souhaitons qu’elle provoquera aussi un regain d’intérêt pour les entreprises coopératives qui attireront dans leurs rangs une nouvelle cohorte d’employés et d’entrepreneurs qui, désabusés par un système trop volatil, se feront d’ardents défenseurs de la coopération... jusqu’à ce qu’on oublie tout le gâchis et que l’appât des gains rapides revienne nous hanter. Foutue mémoire!


 

Colette Lebel, agr.
Directrice des affaires coopératives
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : (514) 858-2025
 



Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés