Les deux côtés de la médaille
Février 2009

La démocratie n’est pas une panacée. Elle ne règle pas tout et pose parfois problème. Elle peut même conduire à de sérieuses dérives lorsque, par exemple, une foule qui détient un pouvoir décisionnel n’a pas l’information complète pour bien comprendre tous les enjeux soulevés par une question et faire un choix éclairé. Et puis, il arrive aussi – l’homme étant ce qu’il est – qu’une majorité, même bien informée, s’engage dans une décision tout à fait injuste ou déraisonnable. C’est ce qui faisait dire à Winston Churchill que la démocratie, finalement, c’est « le moins pire de tous les systèmes ».

N’empêche. Lors des dernières élections québécoises, en décembre 2008, nombreux sont ceux et celles qui se sont élevés contre la désaffection des gens à l’égard de leur devoir de citoyen. « Une catastrophe! » s’est exclamé le directeur général des élections. En effet, avec un taux de participation de seulement 57, 3 %, il n’y a pas de quoi pavoiser. Si c’est là l’indice de santé de notre vie démocratique, on devient vachement blasés! Ainsi donc, c’est près de la moitié des Québécois en âge de voter qui ont boudé cet exercice démocratique pour lequel des milliers de gens, sur d’autres continents, se battent encore aujourd’hui.

Mis à part la température peu clémente, un changement de culture politique pourrait expliquer ce faible taux de participation. Autrefois, le vote était perçu comme un devoir de citoyen. C’est en effet ce qu’on nous apprenait, à l’école. Mais ça, c’était dans le temps où presque tout prenait la forme de devoirs : les devoirs scolaires, les devoirs de citoyen, les devoirs religieux – sans oublier les fameux devoirs conjugaux! Or aujourd’hui, la mode n’est guère aux devoirs. Ce qui nous intéresse, aujourd’hui, ce sont nos droits. Ce petit glissement relègue donc le vote à un moyen parmi d’autres, auquel on a le droit de recourir… au besoin.

Une autre piste est aussi avancée pour expliquer le faible taux de participation aux élections : les gens ne croient plus que leur vote peut changer les choses. On dénonce, et parfois avec cynisme, l’impuissance du simple citoyen face à l’imposante machine politique. « La dictature, c’est : Ferme ta gueule. La démocratie, c’est : Cause toujours! » ai-je lu récemment dans un forum de discussion sur Internet.

Bon. Si je vous parle de tout ça, c’est que le mois de février constitue, pour notre réseau, un temps fort de la démocratie, avec les nombreuses assemblées générales qui se déroulent un peu
partout, dans la province. Et il n’y a pas foule dans nos assemblées générales. Bon an, mal an, c’est un taux de participation de 12 à 20 % que l’on atteint lors de ces assemblées. Serions-nous blasés, nous aussi? Aurions-nous perdu le sens du devoir pour privilégier le sens du droit? Car c’est bien connu, nos assemblées générales attirent beaucoup de gens… quand les affaires vont mal. Les membres sentent alors un besoin impérieux de faire valoir leur droit de regard.

Droit et devoir. Privilège et responsabilité. Les deux côtés d’une même médaille. Mais l’un ne précède-t-il pas l’autre? Le devoir, la responsabilité, ne donnent-t-ils pas le sens de l’action avant qu’on puisse en retirer quelque droit ou privilège? Peut-on se réjouir d’un succès dont on n’est pas responsable? Peut-on critiquer l’échec quand on n’a rien fait pour le prévenir? Depuis longtemps, le monde du travail reconnaît que les responsabilités accordées aux employés leur procurent une importante source de motivation, en leur donnant des occasions de se réaliser. Par analogie, se pourrait-il qu’en abdiquant son devoir de participer à la vie démocratique, on rate une occasion de nourrir son sentiment de réalisation personnelle?

C’est donc une invitation à votre assemblée générale, que je vous lance. Venez prendre des nouvelles de votre monde. Venez voir ce que devient votre coopérative. Venez rencontrer les voisins qui s’éloignent de plus en plus. Le vote ne vous intéresse pas? Pas grave! De toute façon, on aime bien mieux entendre vos propos que de voir vos mains s’agiter en l’air. Alors… venez toujours causer!



 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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