Un C2C bien à nous
Mars 2009

Lors d’un voyage en Angleterre, l’automne dernier, j’ai pu constater la place de choix qu’occupent les produits équitables dans tous les marchés d’alimentation portant la bannière The Cooperative Group. Tous. Même les plus petits. Thé et café, chocolat, vin, fruits, toute une gamme de produits est ainsi présentée bien en évidence dans la section identifiée « Commerce équitable » des étalages. The Cooperative Group est le leader britannique incontesté, non seulement de la distribution des produits du commerce équitable, mais aussi de sa défense et de sa promotion. Son engagement indéfectible depuis quelques décennies lui a d’ailleurs valu en 2003 un prix du Worldaware Business Awards.

Faut-il s’étonner qu’un groupe coopératif s’engage si fort dans la promotion du commerce équitable? Pas du tout. Il faudrait au contraire s’étonner qu’une coopérative reste insensible à cette belle chaîne de solidarité que propose ce type de commerce. C’est d’ailleurs un autre grand réseau coopératif, suisse celui-là, qui figure au premier rang mondial de la distribution des produits équitables. Et ce sont des coopératives, au Sud, qui en bénéficient.

Rappelons que l’idée à la base du commerce équitable, c’est d’assurer aux agriculteurs des pays en développement des revenus décents pour leur travail – un souhait tout à fait légitime que partagent un nombre grandissant d’agriculteurs de par le monde. En 1964, lors de la première conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, les agriculteurs du Sud ont réclamé un accès au marché plutôt que de l’aide humanitaire. « Trade, not aid! » qu’ils disaient. C’est ainsi que fut lancée l’idée de calculer le prix offert pour leurs produits à partir du coût réel de production et de ce qu’il en coûtait pour assurer à leur famille une existence conforme à la dignité humaine. En gage de leur bonne foi, ils se sont regroupés en coopératives afin que les retombées profitent à toute la communauté et ils se sont investis dans une agriculture durable. Le commerce équitable était né.

De petits malins ont bien tenté de freiner l’initiative en rappelant que la fixation des prix doit résulter de l’offre et de la demande sur le marché. Mais, diable, quand on n’y a même pas accès, à ce fameux marché, qu’est-ce qu’on a à faire de ses règles? D’autres ont ensuite prétendu que, même si cela fonctionnait à court terme, l’approche n’était pas durable parce qu’elle privait ces agriculteurs des signaux du consommateur et qu’à long terme il y aurait surproduction, que les prix s’effondreraient et tout le tra-la-la. Mais c’est oublier que pareil scénario se déclenche quand on a ce que les économistes appellent des produits substi­tuts, c’est-à-dire des produits que le consommateur remplace l’un par l’autre sans faire de différence. Or ce n’est pas le cas ici. Les produits du commerce équitable sont des produits différenciés que les gens achètent pour leur histoire unique. D’ailleurs, les partisans du commerce équitable plaident que tel commerce s’inscrirait parfaitement bien dans la vision de l’Orga­nisation mondiale du commerce puisqu’il n’est pas le fruit de politiques protectionnistes de la part des gouvernements, mais se nourrit plutôt du libre choix de citoyens soucieux d’une consommation éthique.

Pas étonnant, disais-je donc, que les coopératives du Nord s’intéressent au commerce équitable. Qui mieux qu’un dirigeant de coopérative d’ici peut apprécier le bien-fondé de la coopération là-bas, son projet social, sa démarche éthique, sa dimension humaine? Traiter de coopérative à coopérative, c’est parler un langage commun, bâtir sur des valeurs communes. C’est un peu comme si on se connaissait déjà! Tous ceux qui ont eu la chance, avec SOCODEVI ou autrement, de visiter des coopératives du Sud en conviendront : quand on traite de coopérative à coopérative, on ne part pas de zéro. Ce qui s’avère très efficace. Et économique, finalement.

Ah, oui... le C2C? Ne cherchez pas. C’est moi qui viens de l’inventer. Ça veut dire intercoopération, simplement. C’est un calque de la fameuse expression B2B (business to business) qu’on entend de plus en plus pour désigner les relations d’entreprise à entreprise – ça fait tellement sérieux! J’ai pensé qu’on pourrait bien, nous aussi, imposer notre non moins sérieux
C2C (cooperative to cooperative) juste pour nous autres! Vous pourriez lancer comme ça, mine de rien : « Notre nouvelle stratégie d’affaires C2C connaît un succès fou! » Votre banquier serait ravi – surtout si c’est une caisse populaire!



 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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