Les vrais champions
Mai-Juin 2009

Depuis que la crise financière éclatée aux États-Unis s’est répandue à l’échelle internationale, il y a peu de bonnes nouvelles économiques. Tout semble paralysé. Les gens sont inquiets, furieux… ou déprimés. Mais ne dit-on pas que c’est dans l’adversité qu’on reconnaît les vrais champions? Voilà le bon moment, me suis-je dit, pour vérifier comment les organisations coopératives font face à la crise. Et je n’ai pas eu à chercher longtemps. Pour moi, c’est clair, net et précis : les coopé­ratives traversent mieux cette période trouble et deviennent même plus attrayantes pour les citoyens.

Cadeau de la crise, The Co-operative Bank, au Royaume-Uni, déclarait en décembre dernier une augmentation de 65 % du nombre de citoyens ayant transféré chez eux leur compte courant et la coopé­rative a vu la valeur de ses dépôts à terme grimper de 87 % pendant l’année 2008. Dans un récent numéro du Digest de l’ACI, l’Alliance coopé­rative internationale notait aussi que, depuis le début de la crise, une marée de nouveaux membres a déferlé dans les coopératives financières européennes. En Suisse, la coopérative Migros rapportait 46 000 nouveaux comptes et la coopé­rative Raiffeisen en déclarait quant à elle plus de 100 000. En Inde, les coopératives de crédit ont aussi pris le relais des banques privées. Les épargnants y viennent chercher refuge, inquiets que les banques ne les laissent tomber par manque de liquidités. On assiste à une véritable crise de confiance, alors que les petites coopératives de quartier émergent comme les « vraies banques du peuple ».

Pete Crear, P.D.G. du World Council of Credit Unions (WOCCU), précisait encore qu’en plein cœur de la tourmente, pendant les mois de septembre et octobre 2008, les coopératives financières ont
accueilli des dépôts additionnels de 22 milliards US$, une somme qui représente le tiers de leurs dépôts totaux, ce n’est pas rien! Et pendant cette même période, chaque semaine, une banque non coopérative déclarait forfait.

Chez nous, au Canada, le transfert d’effets bancaires vers des organisations coopératives est peut-être moins remarquable, car nos banques, il faut le reconnaître, présentent une assez bonne gouvernance. Mais n’empêche : le réseau Desjardins semble, lui aussi, faire belle démonstration de la solidité de ses assises coopératives. Au terme du dernier exercice financier, on affiche des dépôts en hausse et des ratios de capital supérieurs à ceux des banques canadiennes. Les cotes de crédit sont excellentes. Le fameux papier commercial adossé à des actifs (PCAA)? Le réseau Desjardins n’en possédait pratiquement pas en propre, mais il a couvert d’importantes quantités qui étaient détenues par ses membres et clients institutionnels. – Il y a fort à parier que les caisses de retraite de nombreux Québécois étaient au nombre de ces clients pris avec du PCAA dévalué. – Retenons donc que c’est dans un geste de responsabilité sociale que le réseau Desjardins a grevé ses excédents cette année. Malheureusement, les médias n’ont pas ou très peu relevé la nuance. Mais les caisses vont bien. Grâce à leurs capitaux propres, qui leur donnent des assises bien plus stables que celles bâties sur du capital-actions, grâce à leur organisation en réseau qui leur procure à la fois l’ancrage local et le rayonnement international, le réseau Desjardins est vraiment la pièce amirale de notre système bancaire.

Ma recherche n’a pas la prétention d’être exhaustive, mais elle m’apparaît concluante.

Les citoyens sont à la recherche d’organisations sécuritaires, fiables et honnêtes, quand ça va mal. L’éthique des affaires prend tout à coup du galon. Osera-t-on enfin parler de coopératives, dans les hauts lieux du pouvoir? Nous ne sommes pas des étranges spécimens d’un âge révolu. Nos valeurs coopératives, notre façon de contribuer à une économie réelle, d’en partager localement les retombées et de transmettre le patrimoine aux générations futures, tout cela confirme que nous sommes bel et bien… de vrais champions.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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