Les chasseurs de terres
Septembre 2009

Depuis plusieurs décennies déjà, des multinationales de l’agroalimentaire achètent, louent ou exploitent des terres en pays étranger pour développer leurs affaires. Mais la pression sur les terres agricoles a grimpé d’un cran au cours des deux dernières années, alors que de nouveaux joueurs ont fait leur apparition : des fonds souverains qui s’approprient des superficies de culture additionnelles, mais aussi des investisseurs privés pour qui la transaction n’a qu’un intérêt purement spéculatif.

On parle de fonds souverains lorsque ce sont les États eux-mêmes qui sont acheteurs. En l’occurrence, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Afrique du Sud et les pays du Golfe achètent aujourd’hui des terres. À coup de dizaines de milliers d’hectares. Et en pays pauvres, de préférence : Indonésie, Philippines, Ouganda, Soudan ou Congo, pour ne nommer que ceux-là. Il semble que le mouvement prenne de l’ampleur de jour en jour. Il y a de la nervosité dans l’air. Les États cherchent à assurer leur approvisionnement alimentaire et à se prémunir contre la volatilité des prix des produits agricoles.

Prenons la Chine, par exemple. Elle ne possède que 7 % des terres arables de la planète, mais doit nourrir plus de 20 % de la population mondiale. Le spectre de la famine hante toujours les autorités chinoises. Et la stabilité sociale au sein du pays demeure un enjeu de taille. On comprend que la Chine veuille réduire sa dépendance alimentaire. D’autant plus qu’une proportion de plus en plus grande de Chinois désire et a les moyens de mieux s’alimenter. La Chine achète donc de grandes superficies, en Afrique, et elle y fait produire des aliments destinés à nourrir son monde.
La délocalisation de la production agricole peut poser problème, cependant. Pour vendre les terres, il faut parfois en chasser les communautés locales qui les exploitent et qui y tirent leur subsistance. À la décharge de la Chine, pour poursuivre avec cet exemple, plusieurs soutiennent qu’elle saura mieux exploiter ces terres et qu’elle réussira à nourrir plus de monde avec la superficie achetée que ne le faisaient les communautés locales. Par ailleurs, les nouvelles exploitations sous sa gestion fourniront des emplois locaux. Enfin, le produit de la vente foncière pourra servir à améliorer les infrastructures du pays pauvre – mais cela, à la condition que l’argent ne soit pas détourné par des gouvernements corrompus. Et que penser de la réquisition des terres dans le but d’y produire non pas des aliments, mais des biocarburants, comme il en est question sur près de 3 millions d’hectares au Congo?
Ajoutons les spéculateurs dans le portrait. Des firmes d’investissement s’approprient actuellement de bonnes terres dans le seul but de les revendre à bon prix. Plus que jamais, l’agriculture leur apparaît comme une valeur sûre : il faudra toujours manger et les pays émergents fourniront de plus en plus de mangeurs solvables. En fait, l’agriculture devient attrayante et les prétendants sont nombreux. Une saine alimentation, produite avec le moins d’intermédiaires possible et sous pedigree certifié, devient un rêve que les plus fortunés pourront et voudront se payer.

La question du contrôle des terres arables est très complexe. Et éminemment politique. Le Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture (momagri), qui vise un développement plus harmonieux de l’ensemble des agricultures du monde, s’y intéressera sûrement. Il reste que la place des coopératives agricoles comme partie prenante n’est pas à négliger. La fonction protectrice qu’on leur attribue généralement apparaît ici avec encore plus d’évidence. En offrant aux agriculteurs un levier qui leur permet de réaliser des économies d’échelle et d’être plus efficaces à la ferme, les coopératives forment la charpente d’un solide réseau d’entraide et de solidarité. Les agriculteurs ont ainsi de bien meilleures chances de rester maîtres chez eux et d’apporter eux-mêmes le fruit de leur labeur, dignement, sur les marchés nationaux ou internationaux.

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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