L’empire du Milieu
Octobre 2009

Au cours de l’été, un point de bascule historique a été signalé au tableau de l’économie mondiale. En 2009, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la production occidentale représentera moins de la moitié de l’économie mondiale. Selon le Centre for Economics and Business Research (CEBR), une firme britannique de consultants en prévisions économiques, ce revirement de situation survient six ans plus tôt qu’on ne l’attendait. Et ce n’est qu’un début, évidemment. Les pays émergents poursuivront leur lancée.

C’est la Chine, essentiellement, qui mène le bal. Bien que ralentie par la récession actuelle, l’économie chinoise s’en remet plus vite, soufflée par une forte demande intérieure. La Chine a même supplanté le Japon au rang de deuxième puissance économique. Les Chinois veulent consommer. Et l’État les y encourage, avec de généreux subsides. Selon un article de la revue The Economist, les ventes de voiture en Chine ont affiché au cours de l’été une augmentation de 70 % en comparaison de l’an dernier et les ventes de maisons, une hausse de 80 %! Les ventes d’appareils électroménagers sont maintenant à surveiller : on estime qu’au moins la moitié des ménages chinois n’en disposent pas encore. De belles ventes en perspective!

La Chine apparaît comme un réservoir inépuisable de consommation. Tout est à construire dans cet immense pays. Mis à part quelques grandes villes, la Chine intérieure est très en retard. Le fameux « Grand bond en avant », cette politique économique caractérisée entre autres par la collec­tivisation forcée des fermes (qu’on qualifiait, à tort, de coopératives), a conduit l’empire du Milieu à une famine sans pareil, entre 1958 et 1962. De 15 à 30 millions de Chinois sont morts de faim au cours de cette période. Aujourd’hui encore, les inégalités sont criantes entre les zones rurales et les villes.

Pour que le prochain « Grand bond en avant » soit une bonne nouvelle, il devra se faire, cette fois-ci, dans une perspective de développement durable. L’environnement et les communautés devront être systématiquement pris en compte. Sur le plan politique, les choses semblent se placer tranquil­lement. Une loi sur l’énergie renouvelable est entrée en vigueur en 2006. Elle préconise un ambitieux plan visant à corriger la forte dépendance énergé­tique du pays envers le charbon. Mais ce n’est qu’un premier pas : l’achat massif de voitures ne sera pas sans impact sur la qualité de l’air, déjà mauvaise. Il faudra faire plus.

Toujours sur le plan politique, on note que la loi sur les coopératives a été revue en profondeur en 2007. La nouvelle loi permet maintenant au monde rural, défavorisé, d’accéder à l’économie de marché en se donnant, librement, un outil entre­preneurial collectif et indépendant. Voilà une avancée intéressante. À cet égard, pour ce qui regarde la coopération agricole, des Chinois de la province du Yunnan ont choisi le réseau La Coop comme modèle. Il y a de quoi être fiers, non? Les Chinois croient que la structure et la gouvernance que nous avons adoptées au sein du réseau La Coop leur permettront de mener à bien leurs objectifs de développement. C’est pourquoi à l’assemblée générale de février 2009, on s’en souviendra, les dirigeants de La Coop fédérée ont signé avec des représentants chinois un protocole d’entente et quelques visites de part et d’autre ont, depuis, jeté les bases des nouvelles relations coopératives sino-québécoises.

La société chinoise, moins portée sur l’individualisme que notre société occidentale, pourrait bien devenir un terreau très fertile pour un important développement coopératif. En effet, la coopé­rative, issue de l’économie sociale, est parfois comparée à une « voie du milieu » qui offre un choix additionnel, quelque part entre l’entreprise privée capitaliste et l’association communautaire sans but lucratif. Tiens, c’est curieux comme rapport : l’empire du Milieu aurait-il enfin trouvé… la voie du milieu?

 

Colette Lebel, agr.
Directrice des Affaires coopératives et adjointe
au secrétaire du conseil d’administration
La Coop fédérée
Courriel : colette.lebel@lacoop.coop
Télécopieur : 514 850-2567
 



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